Bien malin qui pourrait lancer un pronostic précis sur la saute d’humeur du volcan islandais Eyjafjöll. Son éruption, qui paralyse le trafic aérien en Europe, pourrait durer des semaines, voire des mois.

L’Histoire nous apprend que ce volcan a déjà donné pas mal de fil à retordre aux Islandais, explique le Dr Gerald Ernst, du groupe de vulcanologie de l’université de Gand. Son éruption de 1821 est d’ailleurs parfaitement documentée. Et les archives en attestent: elle a duré plus d’un an!

Deux phases

L’éruption de cette année a démarré le 20 mars et a connu deux phases. Il y a d’abord eu une éjection de magma à la base du volcan, là où il n’est pas recouvert de glace. Cette phase s’est terminée le lundi 12 avril. La surveillance de volcanologues islandais ne s’est bien entendue pas relâchée. Au fil des deux jours qui suivirent, ils assistèrent à des modifications du relief local et à la multiplication de «tremblements de terre» dans la région. Le volcan ne dormait que d’un œil. Mais les professionnels étaient loin de se douter de l’imminence d’une seconde éruption.

Mercredi 14, le volcan s’est remis à cracher. Cette fois par son cratère sommital, dissimulé sous 300 mètres de glace. Sa lave était devenue plus riche en silice, reprend le Gerald Ernst. Elle est dès lors plus visqueuse. Sa charge en gaz a également augmenté. Au contact de l’eau de fonte du glacier, elle se refroidit donc plus rapidement. Au final, le volcan est devenu explosif.

Bloqué à Paris, le volcanologue islandais Freysteinn Sigmundsson, qui connaît l’Eyjafjöll sur le bout des doigts, acquiesce: l’éruption en cours pourrait durer des semaines, voire des mois par intermittence, indiquait-il dimanche. Et il formulait aussi une autre crainte: celle de voir son voisin, le volcan Katla, prendre le relais…

L’éruption de l’Eyjafjöll de 1821 avait été suivie en 1823 par celle bien plus violente du Katla, rappelle Gerald Ernst. Nous nous attendions à ce que le Katla entre en éruption. Ce fut l’Eyjafjöll.

En Islande, on dénombre une trentaine de volcans actifs. L’un des plus nerveux de l’île est sans doute l’Hekla, dont le sommeil n’augure rien de bon. Il est entré en éruption en 1970, en 1980, en 1991 et encore en 2000.

A chaque fois, ses panaches de fumées et de cendres n’ont eu qu’un impact limité, indique le volcanologue belge. Sauf en 2000, quand un avion de la NASA a subi de sérieuses avaries aux moteurs après avoir traversé un de ses nuages de poussières.

Si, ces dernières dizaines d’années, de multiples éruptions ont été recensées en Islande, pourquoi souffrons-nous soudain d’un tel marasme en matière de transport aérien?

Accalmie attendue

Tout simplement parce que nous avons eu de la chance jusqu’à présent, précise le chercheur. Soit le trafic aérien était encore quasi inexistant, comme dans les années 1920, 1930. Soit parce que les éruptions plus récentes, comme celles de l’Hekla, ont bénéficié de «bonnes» conditions météorologiques: les vents dominants soufflant essentiellement vers le nord.

Dans le cadre de l’éruption actuelle de l’Eyjafjöll, tout n’est pourtant pas encore joué dans l’Atlantique Nord. Même si une accalmie en direction de l’Europe pourrait intervenir cette semaine, conclut Gérald Ernst, certaines modélisations réalisées en Norvège semblent indiquer que la côte Est des Etats-Unis pourrait aussi voir arriver des cendres islandaises…