Les habitants de Raqqa ont manifesté contre Bachar el-Assad dès les premières heures du soulèvement en Syrie, au printemps 2011. Deux ans plus tard, le 4 mars dernier, cette ville du nord devenait la première capitale provinciale aux mains de l’opposition. Sans l’appui des djihadistes et de leurs armes sophistiquées, la victoire n’aurait probablement pas été possible.

Mais à Raqqa comme dans d’autres villes «libérées», les manifestations se poursuivent et les slogans de la révolution s’adressent désormais aux combattants islamistes. A la tête de cette ville sur les rives de l’Euphrate, les rebelles de l’Armée syrienne libre ont été supplantés par les deux principales formations djihadistes présentes en Syrie, le Front Al-Nosra et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont prêté allégeance à Al-Qaida.

Arrestations arbitraires

Les habitants accusent ces deux groupes de détenir des dizaines de prisonniers. A plusieurs reprises, depuis le mois de juin, ils ont protesté devant la préfecture de la ville, devenue le siège de l’EIIL, pour réclamer la fin des exactions et des arrestations arbitraires. Ils dénoncent aussi la disparition du militant des droits de l’homme Abdallah al-Khalil, qui s’apprêtait à organiser des élections générales à Raqqa. «Al-Nosra était contre. Il a disparu le lendemain», raconte à l’AFP un manifestant qui souhaite rester anonyme.

Un peu plus loin au nord, à Manbij, la colère populaire monte aussi. «Dehors! L’Etat islamique en Irak et au Levant doit dégager», criaient cette semaine des habitants de cette ville.

En mai déjà, un témoin qui tient à conserver l’anonymat faisait état de tensions entre combattants islamistes et populations locales, après avoir travaillé plusieurs mois dans les régions près d’Alep (nord) tenues par les rebelles: «Tant que les djihadistes aident les opposants à gagner, ils sont acceptés. Mais les chefs de village voient d’un mauvais œil l’installation dans la durée des combattants étrangers. C’est avant tout une question de territoire.»

Les exactions perpétrées au nom de la charia par les groupes radicaux – la plus choquante fut l’exécution début juin d’un garçon de 15 ans, tué à Alep par des combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet – inquiète ceux qui sont descendus dans la rue au nom de la liberté.