Commentaire

La colère sociale est bien au rendez-vous de ce 5 décembre

OPINION. Des affrontements avec les forces de l’ordre et des scènes de violence se déroulent dans plusieurs villes de France, dont Paris, à l’heure où nous écrivons ces lignes. La mobilisation contre la réforme des retraites s’annonce massive

Est-ce la rue qui, comme souvent en France, finira par décider des réformes acceptables ou non? Il est trop tôt pour le dire alors que les cortèges de manifestants marchent ce 5 décembre dans la plupart des villes de France, dont Paris, où des incidents ont commencé à éclater près de la place de la République, théâtre traditionnel d’affrontements avec les forces de l’ordre. Focaliser sur ces violences serait une erreur, alors qu’une grande partie des manifestations sont pacifiques.

Des témoignages dans plusieurs villes: De Marseille au Havre, la grève générale touche l’ensemble de la France

Croire que tout va se jouer ce 5 décembre serait aussi trompeur. Emmanuel Macron, qui a présidé ce jeudi matin le conseil des ministres hebdomadaire, maintient pour l’heure son projet de réforme des retraites. Mais un chiffre plane quand même sur le pays réel: selon l’un des derniers sondages disponibles, réalisé par l’institut Harris Interactive, 69% des Français soutiennent le mouvement de grève déclenché ce jour. C’est important. La solidarité semble au rendez-vous. La SNCF a d’ailleurs anticipé la grève reconductible dans les transports en annulant 80% des TGV et 70% des trains régionaux pour vendredi. Plusieurs raffineries sont par ailleurs bloquées par la CGT et l’inconnue demeure pour les écoles: presque la totalité des établissements scolaires étaient fermés jeudi à Paris, un tiers affichaient porte close en France.

Du côté du gouvernement, l’heure reste au dialogue: «La porte du gouvernement est ouverte […]. Il y a des marges de négociation avec les organisations syndicales», a répété à l’issue du conseil des ministres sa porte-parole, Sibeth Ndiaye. La difficulté, pour Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe, est qu’ils manquent aujourd’hui d’arguments à mettre sur la table pour reprendre de tels pourparlers. L’exécutif continue de maintenir sa volonté de démanteler les régimes spéciaux de retraite et d’instaurer, à côté de l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans, un âge «pivot» de départ à taux plein à 64 ans. L’allongement de la durée de cotisation, rappelons-le, est généralisée en Europe. En ce sens, Emmanuel Macron a raison de poser le sujet comme incontournable, et de le maintenir à l’agenda. La difficulté dans laquelle il se trouve vient surtout de sa méthode, et de l’absence de confiance avec les syndicats. Derrière le choc social se trouve surtout l’impasse du système français, tant les points de vue des patrons, des représentants des salariés et de l’exécutif semblent éloignés. Avec, en plus, la preuve d’une autre facture: celle qui sépare les employés du secteur public, présents dans la rue, de ceux du secteur privé, à la remorque de ces revendications.


Plus de 285 000 personnes dans la rue

Dans l’après-midi, on comptait plus de 285 000 manifestants dans une trentaine de villes, selon un décompte AFP à partir de sources policières et préfectorales. Partout, les cortèges étaient fournis: 19 000 à Nantes, 15 000 à Clermont-Ferrand et 10 500 à Tours, plus de 10 000 à Rennes, autant à Tours, 9200 à Saint-Nazaire, 9000 à Caen, 8000 à Angers ou 7250 au Havre, selon la police.

Lire aussi:  Sur le front social, Edouard Philippe doit déminer et bricoler

A 15h30, la police avait procédé à 71 interpellations et le parquet de Paris recensait 41 personnes gardées à vue en marge de la mobilisation.

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Le taux de grévistes à la SNCF a atteint 55,6% en moyenne, jamais vu depuis 2007, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction.

Lire également:  La France met le cap sur une nouvelle semaine de confrontations sociales

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme jeudi et vendredi. Air France a annoncé l’annulation de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers.

Lire aussi l'opinion:  Les syndicats français doivent être responsables

Nombre d’écoles sont restées closes. Le Ministère de l’éducation a recensé 51,15% d’enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire. Au total, un fonctionnaire sur cinq était en grève, selon le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt. AFP

Publicité