«L’Inde nous a poignardés dans le dos!» s’insurge, dans un anglais parfait, Zahed (tous les prénoms ont été changés), un instituteur à la tunique brodée. Sur ce bord de route de Bijbehara, dans le district troublé d’Anantnag, les voisins s’approchent et les paroles se bousculent. Les 8 millions d’habitants du Cachemire indien, à majorité musulmane, restent abasourdis par la révocation abrupte de l’autonomie constitutionnelle de leur région, dans une décision annoncée le 5 août par le gouvernement nationaliste hindou. Réélu triomphalement en mai, le premier ministre Narendra Modi justifie sa «décision historique» par une volonté d’amener paix et prospérité dans la vallée himalayenne du Cachemire, région hostile à New Delhi et revendiquée par le Pakistan, en proie à une insurrection séparatiste depuis 1989.

«Le Cachemire, c’est la Palestine!»

«Jamais nous n’accepterons la révocation de l’article 370 qui garantissait notre autonomie, explique l’instituteur. Cet article était l’unique raison de notre accession à l’Inde, lors la partition de 1947 entre l’Inde et le Pakistan.» Autour, le ton monte et les villageois s’inquiètent de la perte simultanée de l’article 75-A, qui leur donnait un droit exclusif à la propriété. «L’Inde veut donner nos terres aux hindous, prophétise Nassar. Le Cachemire, c’est la Palestine!» La décision cinglante des autorités de placer également sous leur tutelle l’exécutif du Cachemire est vécue comme une humiliation. «Sommes-nous des esclaves?» lance Nassar.