Colin Powell, l'ancien héros de la guerre du Golfe a retrouvé le Proche-Orient. Au Caire, samedi, le secrétaire d'Etat américain s'est efforcé de convaincre Hosni Moubarak – sans succès – du danger que représente toujours l'Irak de Saddam Hussein. En Israël, puis dans les territoires palestiniens dimanche, Colin Powell s'est employé à ménager ses interlocuteurs respectifs.

Tout l'art de Colin Powell semble être de se tenir dans le juste milieu. Américain, il est bien sûr venu réaffirmer en Egypte, comme en Israël puis dans les territoires et enfin en Jordanie, la puissance et les intentions de son pays. Mais diplomate aussi, il a avancé prudemment. Ainsi au Caire, tout en plaidant en faveur de la politique américaine dans le Golfe, face à des interlocuteurs très remontés, il a fait une toute petite concession en reconnaissant que les Américains avaient peut-être agi un peu à la légère en bombardant, le 16 février, les alentours de Bagdad. «Je ne m'attendais pas à cette réaction», a-t-il dit en prenant acte de la colère des Egyptiens. «Nous aurions, a-t-il admis, probablement dû mieux faire en matière de coordination.» Il a rappelé tout de même qu'il n'avait «pas d'excuses à présenter».

Voie médiane

Face aux responsables de l'Etat hébreu également, Colin Powell a tenu sa voie médiane. Il s'est rapproché des vues d'Ariel Sharon, qui réclame la fin de la violence, mais a précisé – colère arabe oblige – qu'Israël lui-même doit contribuer à apaiser la situation: «Je pense que nous devons tous travailler dur, de part et d'autres, pour ramener la violence sous contrôle.» Le secrétaire d'Etat a aussi accompagné Yasser Arafat en partageant sa crainte de voir les territoires s'effondrer sous le poids des problèmes financiers si leur bouclage continuait: «Il est nécessaire de lever le bouclage le plus tôt possible afin que l'activité économique puisse reprendre dans la région.» Pour autant, Colin Powell qui a été accueilli à Gaza par des manifestants hostiles n'a pas avancé de nouvelle solution américaine pour sortir de l'impasse: «Le défi porte sur la manière de relancer le processus», a-t-il justement noté.

Premiers contacts donc, destinés à tester les dispositions des uns et des autres au Proche-Orient. Après un passage à Amman pour s'entendre répéter par le roi Abdallah les doutes de la Jordanie sur les sanctions contre l'Irak, Colin Powell est enfin arrivé dimanche soir au Koweït. La cérémonie qui célèbre la libération du Koweït de la brève domination irakienne venait de commencer: un endroit où, cette fois, le héros est sûr d'être fêté.