La crise du Darfour approche peut-être d'un tournant ce mercredi. Alors que le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, est arrivé hier au Soudan, il sera rejoint aujourd'hui par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Et dans un geste à la portée symbolique sans ambiguïté, les deux hommes devraient se retrouver côte à côte pour lancer un message de fermeté aux autorités de Khartoum et appeler la communauté internationale à augmenter son aide.

Avant l'arrivée de Powell – la première d'un chef de la diplomatie américaine depuis plus de vingt ans –, Washington a fait monter la pression sur le Soudan pour qu'il se conforme enfin aux exigences formulées depuis des mois. Vendredi, le Département d'Etat a fait savoir qu'il envisageait d'imposer des sanctions financières et des restrictions sur les déplacements des leaders des milices pro-gouvernementales accusées de ravager la province occidentale du pays. Sept de ces leaders ont été nommément cités à ce propos, et l'administration américaine a averti Khartoum qu'il pourrait être visé par de telles sanctions, pas seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi de l'ONU. Elle fait en outre savoir qu'elle dispose de preuves, en particulier des photos satellites, que les milices Janjaweed sont bien les responsables de la destruction systématique de villages, de récoltes et des systèmes d'irrigation au Darfour.

Pour couronner le tout, Washington indique qu'une analyse est en cours pour déterminer si les atrocités peuvent être qualifiées de «génocide», ce qui entraînerait des conséquences judiciaires en vertu des conventions internationales. L'émissaire spécial des Etats-Unis pour les crimes de guerre, Pierre Prosper, a récemment fait part d'«indicateurs de génocide et de preuves allant dans ce sens», sans toutefois confirmer pareille qualification.

Colin Powell ne vient toutefois pas les mains vides à Khartoum. En échange de la fin des violences des Janjaweed, d'un accès total accordé aux humanitaires et du début de négociations politiques avec les groupes d'opposition du Darfour, le secrétaire d'Etat laisse miroiter la perspective d'une normalisation des relations entre les deux pays.

Quant à Kofi Annan, qui passera trois jours au Soudan et au Tchad, il devrait répéter ses mises en garde aux autorités soudanaises sur la possibilité de poursuites contre les «exécutants sur le terrain», mais aussi «ceux des dirigeants qui ont donné des ordres». Le secrétaire général de l'ONU avait également évoqué la possibilité de déployer des forces de maintien de la paix pour éviter que la situation ne dégénère en un nouveau massacre du type Rwanda.

Les groupes rebelles du Darfour, eux, profitent de l'occasion pour formuler leurs conditions à tout début de négociation politique. Ils demandent notamment que le Darfour soit déclaré «zone d'interdiction aérienne», sur le modèle irakien des années 90.