Dressé aux portes de la mythique baie de Hongkong, le très attendu M+ et sa façade de carrelage vert sombre signée Herzog & de Meuron ajuste ses atours. Le quartier de West Kowloon bourdonne encore au son des chantiers, mais le musée dédié à la culture visuelle contemporaine va enfin ouvrir à l’automne, avec quatre ans de retard. Il offrira au centre financier la dimension culturelle qui lui faisait cruellement défaut. Sa pièce maîtresse? 1510 œuvres de la collection du Suisse Uli Sigg, considérée comme la plus importante, la plus cohérente et la plus complète du monde sur l’art contemporain chinois. Elle retrace de façon quasi encyclopédique quatre décennies d’évolutions artistiques et politico-sociales, de la fin de la Révolution culturelle aux créations du XXIe siècle. Longtemps célébrées, ces pièces sont subitement devenues un problème en soi, accusées de propager la haine contre la mère patrie.

Peu s’aventurent à commenter le sujet. Mais le flegmatique collectionneur a à cœur de défendre le précieux butin aujourd’hui décrié. A son retour de Chine continentale, rendez-vous est donné à la terrasse d’un café gagnée sur la mer, comme M+, avec une vue saisissante sur la skyline de Hongkong. Chemisette blanche aux motifs bleus, affable, il se remémore la genèse de son projet.