Le naufrage, samedi, d'un chalutier japonais percuté par un sous-marin nucléaire américain suscite une vive émotion à Tokyo. Tout le week-end, les télévisions et les grands journaux nippons ont consacré des éditions spéciales à la tragédie survenue au large d'Hawaii. Le submersible USS Greenville, armé de missiles nucléaires Tomahawk, pratiquait un exercice de remontée en urgence à la surface lorsqu'il a éperonné l'Ehime Maru, un chalutier école habitué à sillonner les parages. Les images de la coque du sous-marin, balafrée par le choc avec le bateau japonais qui a, lui, été littéralement éventré, ont été rediffusées en boucle. Washington, qui a présenté des excuses officielles, a reconnu l'entière responsabilité du submersible, pourtant doté de radars ultra-sophistiqués. Un autre incident avait déjà impliqué, dans les années 1980, un sous-marin américain et un navire japonais dans l'océan Pacifique.

Ce drame en haute mer survient à un très mauvais moment pour les forces armées américaines au Japon. Il y a une semaine, le commandant en chef des 16 000 GI's stationnés sur l'île d'Okinawa, à l'extrême sud de l'archipel, a dû lui aussi présenter ses excuses pour avoir insulté dans un e-mail interne, les élus provinciaux. Les autorités nipponnes ont fort peu apprécié d'être traitées de «ramassis de fonctionnaires stupides» par ce général. D'autant que plusieurs soldats américains viennent à nouveau d'être impliqués dans des affaires de mœurs. Le dernier en date a entraîné la mise aux arrêts d'un sous-officier soupçonné d'avoir levé la jupe d'une lycéenne japonaise de 17 ans près de Naha, la principale ville d'Okinawa. En juillet dernier, d'importantes manifestations hostiles au maintien des bases américaines avaient eu lieu avant l'ouverture, sur cette île, du sommet des pays les plus riches du G7, plus la Russie. Au nord d'Okinawa, un vif contentieux oppose également les forces américaines, désireuses de construire un nouvel héliport, aux riverains du site en question.

Signe que les Etats-Unis prennent très au sérieux le naufrage provoqué par l'USS Greenville, le président Bush a demandé que l'enquête soit diligentée par le Conseil national de sécurité, et non par la Marine. Un travail délicat car les Japonais, vexés du peu d'empressement mis par l'équipage du sous-marin à porter secours aux victimes, exigent que «toute la lumière soit faite». L'Oncle Sam se doit donc d'apporter des réponses s'il veut calmer les rancœurs du pays du Soleil-Levant, son principal allié en Asie-Pacifique, où sont stationnés en permanence 36 000 GI's répartis dans une quinzaine de bases.