La police de Cologne s’inquiète d’un risque de regain des tensions racistes à l’ouest du pays, à la suite des agressions sexuelles de la St-Sylvestre, commises en majorité par des migrants. Dans la nuit de dimanche à lundi six Pakistanais, deux Syriens et quatre Africains (dont trois Guinéens) ont été agressés en moins d’une heure dans les environs de la gare de Cologne. Les victimes ont été poursuivies par leurs assaillants, puis frappés du poing et du pied une fois à terre. Plusieurs personnes ont été conduites à l’hôpital.

Selon les premiers éléments de l’enquête, quelque 25 hommes seraient responsables de ces agressions. «Nous devons malheureusement partir du principe que ces attaques faisaient partie d’une vague d’agressions annoncée sur Facebook et via les réseaux sociaux pour dimanche par les hooligans de Cologne», a précisé Norbert Wagner, le directeur de la division criminalité de la police de Cologne. Alertée de ces projets, la police a renforcé sa surveillance dans la journée de dimanche à proximité de la gare, procédant à 153 contrôles d’identité et quatre arrestations. Treize des suspects sont connus pour leur proximité avec l’extrême droite. Dix-huit autres pour leur appartenance au milieu des videurs de discothèques et bandes de rockers type Hells Angels.

La Rhénanie-du-Nord-Westphalie est connue pour l’activisme de ses milieux d’extrême droite. Dortmund, à trente minutes en train de Cologne, est considéré comme le haut lieu de l’extrême droite à l’ouest du pays. Le quartier de Dorstfeld, à l’ouest de la ville, est à éviter le soir pour toute personne de couleur ou affichant les attributs de l’extrême gauche. Les néonazis y définissent leur territoire à grand renfort d’autocollants antisémites ou tout simplement racistes. Les autorités observent de près l’activité de plusieurs points de rencontre des «camaraderies» néonazies de la région, tels que cafés ou espaces de jeunes. Régulièrement, la police intervient pour mettre fin à des concerts de groupes de rock interdits.

A trois semaines du Carnaval, véritable temps fort social régional, Cologne s’inquiète pour sa sécurité. Samedi déjà, plusieurs centaines de néonazis connus de la police étaient arrivés par les trains régionaux pour participer à la manifestation organisée par Pegida, le mouvement «contre l’islamisation de l’Occident». Strictement encadrés dans les trains puis jusqu’au cortège de Pegida par des forces de l’ordre lourdement harnachées et accompagnées de chiens, ces hommes vêtus et gantés de noir, le regard dissimulé derrière des lunettes de soleil, avaient scandé des mots d’ordre xénophobes, tels que «les Canaques dehors», promettant de «venger» les agressions faites aux femmes. La manifestation a ensuite été dispersée par la police à coup de canons à eau et de gaz lacrymogènes. «Il s’agit de personnes qui estiment pouvoir s’arroger le droit» à la place de la justice, explique Michael Temme, chargé de l’extrême droite au sein de la police régionale.

Déjà, le comité central des musulmans d’Allemagne dénonce «un climat de haine» inhabituel dans le pays. «La meute brune se déchaîne sur les réseaux sociaux contre les musulmans, les étrangers, et tous ceux qui pensent autrement», explique Aiman Mazyek, le président du comité. Assailli de messages haineux, le comité a dû se résoudre à couper ses lignes téléphoniques.

Surfant sur l’émoi provoqué dans le pays par les agressions de la St-Sylvestre, l’extrême droite mobilise. Lundi soir, Pegida attendait une participation record à sa marche contre l’islam organisée pour les un an du mouvement à Leipzig en ex-RDA. Le petit parti Alternative für Deutchland (AfD), qui milite contre l’immigration incontrôlée, est crédité de 9% des intentions de vote – de 16% en ex-RDA – alors que trois scrutins régionaux importants se dérouleront mi-mars. Selon un récent sondage, 57% des Allemands sont favorables à la restauration des contrôles d’identité aux frontières, alors que 3000 à 4000 réfugiés continuent d’arriver chaque jour dans le pays.