Diplomatie

Cologne, la mosquée de la discorde

Le président turc, Tayyip Erdogan, en visite officielle en Allemagne, inaugurera samedi la mosquée monumentale de Cologne, qui reste un symbole de discorde seize ans après le début du projet

Ce devait être un symbole d’intégration. Seize ans après le début du projet et neuf ans après la pose de la première pierre, la mosquée monumentale de Cologne, inaugurée ce samedi en grande pompe par le président turc Erdogan en visite officielle pour deux jours en Allemagne, ne cesse de faire polémique.

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Le bâtiment – dont le coût est passé de 15 à 38 millions d’euros au fil des modifications exigées par son propriétaire – est impressionnant: la structure aux allures de coquille d’œuf surplombe le quartier multiculturel d’Ehrenfeld, baptisé le «Brooklyn de Cologne», en bordure d’une coulée verte à l’ouest de la ville.

Couronnée d’une coupole de 35 mètres et de deux minarets de 55 mètres, la salle de prière est à même d’accueillir 1200 fidèles… «Par ses dimensions, cette mosquée incarne une prétention au pouvoir», tranchait l’écrivain juif Ralph Giordano, décédé en 2014, au cœur d’une polémique intellectuelle qu’il avait contribué à lancer autour du bâtiment. «Cette mosquée est surdimensionnée», ajoutait le théologien protestant Nikolaus Schneider, critiquant «une architecture triomphante», et exigeant «une conception plus modeste, qui mettrait davantage en avant le caractère intégrateur de la religion».

Projet datant de 2001

Le projet de la grande mosquée de Cologne remonte à 2001. A l’époque, l’association Ditib dépose une demande de permis de construire pour une mosquée sur un terrain lui appartenant. Ditib (l’union turque-islamique de l’Office public pour la religion) est une émanation du Ministère du culte d’Ankara, Diyanet, regroupant quelque 880 salles de prière à travers l’Allemagne. Les imams des mosquées de Ditib – qui ne parlent généralement pas allemand – sont directement envoyés et payés par le ministère à Ankara.

De tradition longtemps libérale, Ditib a évolué avec la dérive autoritaire d’Erdogan. Depuis les purges consécutives au putsch manqué de 2016, «les salariés de Ditib ont peur», estime le maire de l’arrondissement d’Ehrenfeld, Josef Wirges, déçu par le tournant pris par «notre» mosquée. «Cela explique pourquoi la mosquée de Cologne, qui devait être un symbole d’intégration, s’est de plus en plus refermée sur elle-même.» Ni lui ni la maire de la ville ne se rendront samedi à la cérémonie d’ouverture aux allures de triomphe pour Recep Tayyip Erdogan, qui sera seul autorisé à prendre la parole.

Des soutiens écartés de l’inauguration

Quantité de soutiens allemands du projet – dont certains avaient même subi des menaces de la part de l’extrême droite – n’ont tout simplement pas été invités. «Il y aura des milliers de gens sur le trottoir, qui agiteront des drapeaux turcs. C’est comme s’ils assistaient à l’inauguration d’une dépendance de Diyanet en Allemagne! Comme si Erdogan occupait le bâtiment! A quoi sert-il d’avoir un si beau bâtiment quand les valeurs qu’il devait incarner – être un lieu du dialogue interreligieux — ont disparu?» s’indigne Josef Wirges.

De fait, Ditib s’est radicalisé au cours des dernières années. Les services de renseignement intérieur allemands dénoncent même des tentatives d’espionnage de la part des imams de l’association de fidèles soupçonnés de tendances critiques envers Erdogan.

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