En Allemagne, Cologne a vécu cette fois un réveillon sous haute-surveillance, mais paisible. La police de la ville était attendue au tournant après les agressions sexuelles massives contre des jeunes femmes qui fêtaient le nouvel an sur le parvis de la cathédrale de Cologne en décembre 2015. Cette année, elle avait donc multiplié par dix les forces déployées autour du «Dôme» et filtré les accès aux abords du parvis et des deux grandes gares de la cité rhénane.

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C’est donc assez fièrement que le 31 décembre dans l’après-midi, avant même que la fête ne batte son plein, la police a annoncé sur twitter qu’elle «contrôle des centaines de «Nafris» à la gare centrale». Nafris? Comprendre: «Nord-africains».

Une discrimination?

Rapidement, la «Toile» a réagi à ce concept jugé discriminant par une partie de l’opinion. Le lendemain, la dirigeante du parti des Verts, Simone Peter, prend le relais en jugeant «inacceptable qu’un groupe soit désigné par une abréviation tel que Nafris par un organe de l’État comme la police». S’exprimant dans le Rheinische Post, elle s’interroge également sur la «légalité» d’un contrôle «portant sur plus de 1000 personnes sur la seule base de leur apparence».

Faux procès, répliquent les chrétiens-démocrates. Les contrôles «n’ont rien à voir avec la discrimination», a commenté Stephan Mayer, porte-parole de la CDU au Bundestag pour les affaires intérieures. La police n’a fait qu’agir «avec détermination et rigueur», a-t-il commenté sur la chaîne publique ZDF.

«… et ce n’était pas des jeunes femmes blondes»

Le responsable de la police de Cologne, Jürgen Mathies, a regretté pour sa part l’emploi «malheureux» du concept «Nafris». Ce terme est utilisé par la police en interne pour désigner des Nord-Africains soupçonnés de vouloir passer à l’action, a précisé Ernst Walter, président du DpolG, l’un des syndicats allemands de police, à l’agence de presse allemande DPA.

Jürgen Mathies a justifié en revanche le choix fait par ses troupes. Une décision a dû être prise rapidement lorsque des centaines d’hommes décrits comme agressifs ont été repérés à la gare, a-t-il expliqué à la presse. «Avec l’expérience de la Saint-Sylvestre l’année dernière, nous avons une idée claire du type de personnes à contrôler», a-t-il expliqué et «ce n’était pas des hommes grisonnants ou des jeunes femmes blondes». La police a donc contrôlé in fine l’identité de 650 personnes. Une partie a été priée de quitter la zone et une centaine ont été arrêtées.

La fin du politiquement correct

Le débat a montré encore une fois le malaise de la société allemande depuis les agressions de Cologne il y a un an, tant sur les questions de sécurité que de migration. Une partie de l’Allemagne se reconnaît dans la mère de famille qui décide d’accueillir un réfugié chez elle dans «Bienvenue chez les Hartmanns», une comédie à succès qui moque avec bienveillance les aspirations à «bien faire» de la bourgeoisie comme des «alternatifs» de gauche.

De l’autre côté, les opposants à la politique des réfugiés se montrent de plus en plus virulents, tentant d’attraper les voix des mécontents à neuf mois des prochaines élections législatives.

Ainsi, Andreas Scheuer, secrétaire général du parti conservateur bavarois, la CSU, est entré dans la polémique sur les contrôles de Cologne en fustigeant ces «bien-pensants du multiculturalisme (qui) mettent la sécurité de nos citoyens en péril».

Pour Alexandre Gauland, dirigeant du parti de la droite populiste «Alternative pour l’Allemagne», la cible ce sont aussi les Verts, pour qui «le droit et l’ordre» seraient «des gros mots». La nuit de la Saint-Sylvestre son parti de l’AfD avait aussi été empêché de manifester sur le parvis de la cathédrale de Cologne.


A propos des événements de Cologne en décembre 2015