Après le rejet par référendum le 2 octobre d’un premier texte, l’Etat colombien et les Force armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé jeudi un nouveau traité de paix. Cette fois, l’accord ne passera pas devant le peuple mais sera validé par le parlement, acquis majoritairement au gouvernant. Ce texte de 310 pages prévoit notamment un article constitutionnel protégeant ses closes pour les douze prochaines années. Il permettra la libération ou l’allégement des peines de milliers de guérilleros emprisonnés ainsi que la publication de l’inventaire des biens détenus par les FARC, mesure censée assurer un meilleur dédommagement des victimes. L’accord devra être ratifié par le congrès dans les quinze prochains jours, soit avant la fin de la session parlementaire.

Fléchissement de l’opposition

L’opposition emmenée par l’ancien président Alvaro Uribe continue de combattre l’accord. Elle estime que la «douleur» des anciens otages et que le recrutement d’enfants-soldats par les FARC sont négligés par le nouveau texte. Au sein du gouvernement, seul le vice-président German Vargas Lleras s’y est opposé. Il n’a pas assisté à la signature du traité, prétextant l’inauguration de logements sociaux.

Jean-Pierre Gontard, ancien médiateur suisse en Colombie, estime toutefois que derrière ce scepticisme affiché, le soutien au président Juan Manuel Santos a progressé depuis le mois d’octobre. «Le clan du non, comme sont surnommés de façon péjorative ceux qui s’opposent à l’accord avec les FARC, a déjà commencé à infléchir ses positions.» Alvaro Uribe lui-même, après avoir refusé les pourparlers, admet qu’un compromis est la seule solution. «Le gouvernement, les FARC et le peuple veulent la paix. Le train quitte la gare, et si Alvaro Uribe n’y monte pas il risque de rester seul à quai.»

Deux problèmes devraient en effet survenir une fois le texte validé. Premièrement, les zones anciennement contrôlées par l’ex-rébellion pourraient tomber aux mains des cartels avant que l’Etat ne puisse y installer son administration. Ensuite, si la réinsertion des guérilleros d’origine paysanne devait se faire sans heurt dans les campagnes, celle des miliciens auxiliaires des FARC pourrait être entravée par des discriminations voire des assassinats, comme ce fut le cas après les accords de 2001. «La fin de toute guerre suscite de la rancœur, rappelle Jean-Pierre Gontard, et le conflit entre l’Etat et les FARC a été longtemps une guerre civile. Les violences en Colombie resteront moins élevées qu’au Mexique ou au Brésil, mais elles ne cesseront pas du jour au lendemain une fois le traité ratifié.»

Fierté retrouvée

Bonne nouvelle toutefois, le recul de l’insécurité, révélateur des velléités pacifistes des différentes parties. «Les Colombiens peuvent de nouveau se rendre à la campagne sans craindre les enlèvements et aller au cinéma le soir sans risquer leur vie, explique Jean-Pierre Gontard. La ratification du nouvel accord ne serait pas que l’aboutissement du désir de paix des citoyens, elle symboliserait aussi, au même titre que le Prix Nobel de la Paix reçu par le président Santos, la fierté retrouvée de la Colombie.»