Au terme de discussions fastidieuses, Israël et les Etats-Unis ont conclu un accord prévoyant l’interruption des constructions dans les colonies de Cisjordanie durant une période de neuf mois. Cette période serait alors mise à profit pour initier la reprise des négociations de paix entre l’Etat hébreu et l’Autorité palestinienne.

Cet accord, négocié par Ytzhak Molkho, un avocat de Jérusalem promu envoyé spécial de Benyamin Netanyahou, et par l’émissaire américain pour la paix au Proche-Orient, George Mitchell, sera officialisé la semaine prochaine, à l’occasion d’une nouvelle visite de deux jours de l’Américain dans la région.

Jérusalem-Est exclu

Mais les entourages du président américain et du premier ministre israélien confirment qu’il a bien été conclu. Il prévoit entre autres, qu’en échange du gel des constructions en Cisjordanie, l’administration américaine tentera de «convaincre» plusieurs pays arabes de reprendre des relations avec Israël. C’est semble-t-il le cas du Qatar et d’Oman, de la Tunisie et du Maroc qui rouvriraient leurs bureaux d’intérêts et/ou représentations commerciales à Tel-Aviv. Plus discrètement, d’autres Etats toujours officiellement en guerre avec l’Etat hébreu autoriseraient les avions des compagnies aériennes israéliennes à survoler leur territoire.

Aux yeux des dirigeants de l’Etat hébreu, le moratoire ne concerne que la Cisjordanie et pas Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville sainte annexée en 1967) où le développement de nouveaux lotissements destinés aux Juifs ainsi que l’érection de bâtiments publics devraient se poursuivre. En outre, avant la proclamation officielle du moratoire en Cisjordanie, Benyamin Netanyahou promet d’autoriser la construction de centaines de nouveaux immeubles dans les implantations. Cela, indépendamment des 2500 appartements déjà actuellement en chantier.

Selon les proches du premier ministre israélien, cette décision bénéficierait de l’assentiment de Washington. Mais l’ambassade américaine à Tel-Aviv est beaucoup moins formelle. Quoi qu’il en soit, l’Autorité palestinienne juge cette décision «entièrement inacceptable». «Nous exigeons un gel complet», a déclaré le président Mahmoud Abbas à la sortie du palais de l’Elysée où il rencontrait Nicolas Sarkozy. Pour sa part, le ministre palestinien des Négociations, Saeb Erekat, a affirmé: «Ce qu’Israël va finalement geler, c’est le processus de paix.»

Pour les chroniqueurs politiques israéliens, Benyamin Netanyahou, en annonçant une vague de nou­velles constructions dans les implantations avant le moratoire, a d’abord voulu calmer la plupart des ministres de son gouvernement ainsi que des députés de sa majorité, qui soutiennent la poursuite de la colonisation. Il a sans doute également voulu rassurer les ressortissants de l’Etat hébreu dont 76% souhaitent l’agrandissement des colonies, selon les sondages publiés à la fin de la semaine dernière.

«Perte de temps»

Pour montrer leur détermination, les élus du Likoud veulent en tout cas profiter de l’arrivée de George Mitchell à Jérusalem pour organiser une convention «renforçant le projet du Grand Israël». Quant au ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui est également le président et leader du parti d’extrême droite «Israël notre maison», il a déclaré au quotidien Yediot Aharonot que les négociations avec les Palestiniens sont «une perte de temps». A l’en croire, Israël «devra apprendre à vivre sans accord de paix» jusqu’en 2025.