«Détruire Amona, c'est renforcer le Hamas.» Trois mille colons de Cisjordanie ont vainement tenté mercredi matin de s'opposer au démantèlement d'Amona, une petite implantation située à quelques centaines de mètres de Ramallah. Face à eux, l'armée et la police de l'Etat hébreu avaient mobilisé 6000 hommes du Yazam (les unités antiémeutes), ainsi que des autopompes, des véhicules blindés et des éléments de la police montée.

«Nazis, combattez les terroristes au lieu de frapper vos frères», hurlaient des colons réfugiés sur les toits d'où ils lançaient des pierres et des boulons sur les policiers. Emmenés par des députés ultranationalistes, d'autres tentaient d'empêcher les forces de l'ordre de progresser. «Aidez-nous à résister aux provocations du traître Ehoud Olmert», scandaient-ils.

Plus de 200 blessés

Contrairement à ce qui s'est passé en août 2005 dans la bande de Gaza, les forces de l'ordre avaient reçu pour instruction de ne pas tergiverser et elles ne l'ont pas fait. La police montée a chargé sans attendre et les unités antiémeutes ont suivi en donnant l'assaut à coups de matraque (216 blessés dont deux tiers de policiers). Ils ont été suivis par des bulldozers qui ont aussitôt rasé les neuf villas et les quelques caravanes de l'implantation. «Il fallait que cet endroit soit rasé très vite afin de ne pas le transformer en abcès de fixation, a déclaré le ministre de la Sécurité intérieure, Guidon Ezra. Les colons doivent comprendre que l'ère durant laquelle ils faisaient ce qu'ils voulaient comme ils le voulaient est terminée.»

Selon le droit international, toutes les implantations érigées dans les territoires occupés par Israël depuis 1967 sont illégales. Mais certaines le sont encore plus que d'autres. Ce sont les colonies «sauvages» créées par des fondamentalistes juifs sur des terres volées à des propriétaires palestiniens. Au début de 2005, Ariel Sharon avait pris connaissance d'un rapport chiffrant à 106 le nombre de colonies «sauvages» en cours de développement en Cisjordanie. Poussé par l'administration américaine, le premier ministre toujours hospitalisé a alors promis de les démanteler progressivement, mais il n'a jamais tenu parole.

Dès son entrée en fonction, son successeur Ehoud Olmert s'est cependant engagé à concrétiser cette promesse. En commençant par quelques maisons palestiniennes d'Hébron (évacuées la semaine dernière à la suite d'un accord trouvé avec leurs occupants) et par Amona. «Pour lui, c'est une question de crédibilité face à la communauté internationale et face à l'électorat de Kadima, son parti, explique l'éditorialiste Emmanuel Rozen. En outre, en faisant raser Amona, il montre aux colons de Cisjordanie qu'ils ne sont plus intouchables. Le Yecha (ndlr: leur lobby) l'a d'ailleurs bien compris. Ses dirigeants s'attendent à d'autres démantèlements dans les prochaines semaines et à un désengagement de plus grande ampleur après les élections législatives du 28 mars. Voilà pourquoi ils avaient mobilisé tant de monde à Amona et pourquoi leur opposition aux forces de l'ordre a été aussi acharnée.»