Lundi, en milieu de journée, une télécopie adressée par l'UMP, le parti majoritaire, parvient aux journalistes français et aux correspondants de la presse étrangère en France. Elle les invite à assister à un événement qui aura lieu jeudi prochain à 9 h 30 au siège du parti, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Nicolas Sarkozy déposera un bulletin de vote dans l'urne devant les caméras de télévision et les photographes pour la postérité. Il s'agit d'une élection présidentielle, limitée à l'UMP. Le scrutin pour désigner le successeur d'Alain Juppé a commencé lundi et dure jusqu'à dimanche. Il sera sans surprise, puisque Nicolas Sarkozy a deux adversaires qui ne sont pas à sa taille. Il est d'ailleurs déjà en train d'organiser son triomphe, qui aura lieu le 28 novembre devant 20 000 militants, dans la région parisienne. Le lendemain, le ministre des Finances démissionnera du gouvernement comme l'a exigé le président de la République.

Ce week-end, Jacques Chirac parlait à bâtons rompus devant les jeunes invités du Carrefour de la réussite, à Marseille. Il a abordé plusieurs sujets de politique intérieure, notamment la discrimination positive et la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'Etat. Il a expliqué que la discrimination positive, qui suppose la définition de «quotas» par profession, provoquerait «l'injustice, le mécontentement, l'affrontement», tout en invitant les entreprises à «refuser la discrimination négative» qui est courante aujourd'hui. Concernant la loi de 1905, il a dit: «Nous avons vécu des guerres épouvantables dans le passé et, en 1905, la sagesse de certains hommes a permis de terminer la guerre […] Quand il y a une colonne du temple, on est en général bien inspiré de la respecter et ne pas trop vouloir la bricoler.» Le même jour, le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, et le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, prenaient eux aussi la défense de cette loi.

Quelle relation y a-t-il entre les élections à l'UMP et ces propos dominicaux? Nicolas Sarkozy. Le futur président de l'UMP, qui est un partisan de la discrimination positive, vient de publier un livre * où il propose de réviser la loi de 1905, qui a été conçue à une époque bien antérieure au développement de la religion musulmane en France. Actuellement, faute de financement, en particulier d'aides publiques, les musulmans pratiquent souvent leur culte dans des locaux qui ne sont pas appropriés. Il préconise de modifier les principes de non-financement des constructions religieuses en amendant le vieux texte que défendent ses amis politiques (c'est sans doute le bricolage dont parle Jacques Chirac).

La petite guerre entre Nicolas Sarkozy et les chiraquiens a donc repris bien que ses protagonistes clament que leur entente est inaltérable. Et les couloirs de la droite bruissent de rumeurs selon lesquelles le bilan du ministre des Finances ne serait pas aussi bon que son bilan au Ministère de l'intérieur qui, lui-même, ne serait pas aussi excellent que Nicolas Sarkozy le prétend. Et ce dernier est indirectement mis en cause sur le dossier qui lui a valu d'être indémodable, la sécurité.

Le lundi 8 novembre, Jacques Chirac accompagnait Dominique de Villepin à l'Ecole nationale de police de Nîmes. Il a rendu hommage aux deux ministres de l'Intérieur qui se sont succédé depuis 2002: «Grâce à l'action résolue de Nicolas Sarkozy et de Dominique de Villepin, à laquelle je veux rendre hommage, la progression de l'insécurité a été stoppée au cours des trente derniers mois.» Et il a ajouté: «C'est particulièrement vrai au cours de ces derniers temps et j'en remercie le ministre de l'Intérieur», en se tournant vers Dominique de Villepin. Il a poursuivi: «Nous ne pourrons continuer à progresser qu'en passant à la vitesse supérieure.» Jacques Chirac a donc repris à son compte, et à celui de Dominique de Villepin, le thème qui lui avait si bien réussi en 2002, lors de la campagne présidentielle, thème que Nicolas Sarkozy s'était approprié ensuite.

Dans un long entretien publié lundi par Le Figaro, le futur ex-ministre des Finances défend son bilan aux deux ministères qu'il a occupés. De son passage aux Finances, il dit: «Ce n'est pas la durée qui compte. Y a-t-il un gouvernement qui ait laissé une empreinte aussi durable que celui de Pierre Mendès-France, sous la IVe République? En huit mois, je ne crois pas avoir perdu mon temps. Commençons par les dossiers industriels: Alstom sauvé, la disparition d'Aventis et de Sanofi évitée, France Télécom privatisée, le mariage entre la Sagem et la Snecma réalisé, l'ouverture du capital d'Areva lancée, la réforme du statut d'EDF effectuée. Faut-il rougir de tout cela?»

Nicolas Sarkozy a une solide confiance en lui. C'est un atout. Il ne manque pas d'amis politiques qui sont ses adversaires et qui viendront fêter son élection à la présidence de l'UMP, le 28 novembre. Dans les mois qui viennent, et malgré les ambitions contradictoires, il faudra que la majorité gouvernementale trouve un nouvel équilibre si elle ne veut pas imploser avant les élections présidentielles de 2007.

La République, les religions, l'espérance. Entretiens avec Thibaud Collin et Philippe Verdin. Nicolas Sarkozy. 176 pages. Editions Cerf.