Au cinquième jour d'une nouvelle offensive des rebelles contre le gouvernement de Charles Taylor, Monrovia sombrait mercredi un peu plus dans le chaos. «La situation est très, très confuse, témoigne Dominique Liengme, responsable de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la capitale libérienne. Depuis lundi, Monrovia est une ville fantôme. Les gens se terrent. Ils ont peur des bombardements, des pilleurs, des rafales de mitraillettes.»

Durant toute la nuit de mardi à mercredi, le centre-ville a été le théâtre de pillages ponctués par des tirs. Mercredi matin, entre 5 h 00 et 5 h 30, «trois, quatre ou cinq» roquettes sont tombées. «Les gens sont fatigués, ils en ont assez, ils désirent le retour au calme, poursuit Dominique Liengme. Dès qu'il y a une accalmie, tout le monde sort dans la rue pour vendre du poisson ou des cigarettes. Question d'habitude, cela dure depuis tellement longtemps. Mais cette fois-ci ils en ont assez.»

Contrôle des ponts

Dans la journée, les combats ont repris de plus belle pour le contrôle des ponts qui mènent au centre de Monrovia. Selon l'AFP, plusieurs centaines de civils fuyaient les zones d'affrontements sous une pluie diluvienne en direction de l'est de la ville. Jusqu'ici, les forces gouvernementales ont réussi à contenir les rebelles des LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) qui occupent le port. Mais ceux-ci pilonnent les forces loyalistes à l'aide de mortiers de 81 mm et tentent à présent de les contourner par le nord-est pour se rapprocher du quartier central de Congo Town, siège présidentiel.

Parallèlement à cette offensive des LURD depuis le nord, le centre de Monrovia est «quadrillé par des miliciens qui tirent continuellement». Ces échanges de feu, selon Dominique Liengme, opposent trois acteurs: les pilleurs, les milices gouvernementales et non gouvernementales, ces dernières se livrant elles-mêmes à l'occasion au pillage dans une ville par ailleurs privée d'électricité, d'eau courante, de système d'égouts et d'évacuation des ordures.

Face à cette situation chaotique, la plupart des organisations humanitaires ont dû quitter le centre-ville. Le CICR a pour sa part réduit ses effectifs des deux tiers pour des raisons de sécurité. Onze expatriés demeurent toutefois actifs dans l'unique hôpital encore en fonction avec un centre chirurgical. «Nous avons reçu de très nombreux blessés, poursuit Dominique Liengme. Les blessures sont graves, nous devons procéder à beaucoup d'amputations. Ce sont en majorité des civils.»

Le ministre libérien de la Défense, Daniel Chea, dénombrait «plus de 600 morts» mardi soir. Mais que contrôle encore le gouvernement? Des ONG comme Médecins sans frontières (MSF) parlent de «désastre»: les blessés ne peuvent pas être pris en charge et il est impossible de distribuer la nourriture. Entre 100 000 et 250 000 personnes avaient trouvé refuge à Monrovia pour fuir les combats dans d'autres zones du pays. Le CICR fournissait jusqu'à la semaine dernière une aide alimentaire à 33 000 réfugiés réunis dans un stade. «Nous n'y avons plus accès depuis samedi, précise encore la responsable locale du CICR. Ils doivent être beaucoup plus aujourd'hui.»

Prise en otage, la population n'a plus qu'un espoir: l'intervention d'une force étrangère pour stabiliser le Liberia. Mais là encore, la confusion règne. Charles Taylor s'est dit prêt à prendre le chemin de l'exil lorsqu'une force d'interposition aura pris la situation en main. Hier, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a décidé d'envoyer 1300 soldats nigériens au Liberia, mais sans fixer de date. Le Nigeria précisait toutefois dimanche qu'il n'enverrait pas ses troupes sans un cessez-le-feu préalable. Les rebelles ont annoncé une trêve mardi, mais sans qu'elle puisse être respectée. Reste les Etats-Unis: une force de 4500 hommes pourrait être dépêchée. Mais la Maison-Blanche pose comme condition le départ de Charles Taylor… «C'est le serpent qui se mord la queue», commente Dominique Liengme.