La Knesset est l'un des endroits du monde où se nouent et se dénouent les intrigues politiques les plus touffues et les plus élaborées. A tel point que ce jeu de calculs, d'une complication extrême, débouche parfois sur des résultats inattendus, voire incroyables, quand ils ne sont pas franchement choquants.

L'élection de Sharon est de ceux-là. Cet ancien général au passé chargé devient le cinquième premier ministre en place en un peu plus de cinq ans. Ce choix est, en grande partie, le fruit d'une série de circonstances qui ne le concernent pas: de la faillite du système électoral au désistement de son rival Netanyahou, du profond dégoût pour le travaillisme d'une partie de la gauche à la lutte à couteaux tirés que se livrent les divers clans de la droite…

Bien sûr, il a fallu la violence de l'insurrection palestinienne, et les peurs qu'elle a soulevées dans le pays, pour que finisse de se produire l'impensable. De nombreux Israéliens, hier, étaient choqués par le geste que leurs compatriotes, ou eux-mêmes, avaient commis la veille. Comme lorsque après un cauchemar survient le réveil brutal. Mais ce réveil s'accompagne aussi d'un renversement surprenant: celui qui consiste à rejeter la faute de ce vote sur les Palestiniens. Parce qu'ils ont refusé les «offres» faites in extremis par Ehud Barak, ils ont fait le lit de son rival. Un personnage aussi respectable que l'écrivain Amos Oz le disait tout de go: les Palestiniens ont «initié une vague de violence avec l'objectif de faire chuter Barak et de pousser Israël dans les bras des extrémistes».

La construction est belle, mais c'est voir chez l'ennemi des armes dont il ne dispose pas. Pour avoir leurs propres tares, qui sont nombreuses, les Palestiniens ne peuvent pas rivaliser avec leurs frères ennemis en matière d'intrigues et de calculs politiciens. N'en déplaise aux Israéliens, leur choix ne dépendait que d'eux.