Un sondage n'est qu'un sondage. Pour l'instant, l'institut CSA et Le Parisien sont les seuls à avoir publié une enquête qui indique que le non pourrait l'emporter lors du référendum du 29 mai sur la Constitution européenne (51%). Au surplus, le résultat de cette enquête donne un chiffre médian alors qu'il existe une marge d'erreur, et donc une fourchette dont la limite inférieure reste en dessous de la majorité.

Ces 51% ont cependant un impact symbolique. Ils indiquent que l'évolution des intentions de vote est favorable au refus. Ils signifient qu'une victoire du non est possible et que les adversaires du traité ne sont pas qu'une bande d'hurluberlus extrémistes qui récusent les bienfaits de la vie moderne. La démocratie veut qu'ils aient la parole. Et le fait qu'ils pourraient être majoritaires oblige à considérer, comme le veut le pluralisme, que leur opinion est un fait européen aussi respectable que le Pacte de stabilité ou le souhait des nouveaux adhérents de conserver un système fiscal ou une protection sociale qui les avantage.

Le référendum français ne prend pas l'Europe en otage, pas plus que les électeurs français ne sont sommés de répondre oui à une Europe à laquelle ils ne seraient pas favorables. On peut, même si l'on est pour le traité, considérer ce chiffre symbolique comme une question qui mérite une autre réponse que la promesse d'explications pédagogiques destinées à des gens obtus. Cette question n'est pas seulement posée aux responsables politiques français, elle est posée à l'Europe. Il est encore temps que cette dernière montre qu'elle veut renouer avec ses citoyens pour que le oui l'emporte.