Le feu vert donné par l'OTAN au déploiement de troupes yougoslaves à la frontière du Kosovo témoigne de la révolution géostratégique causée par la récente chute de Slobodan Milosevic. Les nationalistes serbes les plus agressifs désormais écartés du pouvoir, les Etats-Unis n'ont pas hésité à recourir aux troupes de Belgrade pour rétablir l'ordre dans une région de peuplement albanais. Le geste en dit long sur la confiance qu'ils accordent au nouveau président Vojislav Kostunica et sur leur volonté de se concilier un pays qui, ennemi juré hier et allié potentiel aujourd'hui, joue historiquement un rôle pivot dans les Balkans.

Un tel rapprochement est prometteur. Dans l'immédiat, il est censé aider à circonscrire deux nouveaux foyers de crise susceptibles de provoquer une cinquième guerre en ex-Yougoslavie: celui qu'attisent depuis novembre dernier, dans la zone tampon elle-même, les maquisards albanais de l'UÇPMB et celui qu'ont allumé ces derniers jours, dans le nord de la Macédoine, leurs cousins de l'UÇK. A plus long terme, pour autant que l'expérience lancée mercredi se révèle positive, cette alliance devrait apporter une contribution décisive à la stabilisation de toute la région.

Ce mouvement n'est pas sans danger cependant. Les bénéfices qui peuvent en être retirés ne doivent pas conduire les Etats-Unis et leurs alliés européens à trop concéder au pouvoir yougoslave, notamment sur le dossier du Kosovo, toujours revendiqué par Belgrade. La population majoritaire de la province a acquis de haute lutte, sous une forme qui reste à convenir, un certain droit à l'autodétermination. Le lui retirer à l'avenir serait une erreur criminelle. Il faut modérer les nationalistes albanais et non les désespérer, sous peine de condamner la région à un état de guerre sans fin.