Le Proche-Orient n'est pas la Somalie ou l'Afghanistan, et si les Palestiniens n'ont pas la vie facile, ils ne meurent pas de faim. Mais si l'urgence humanitaire est moindre qu'ailleurs, le CICR est présent depuis trente-quatre ans sur ce «terrain» à maints égards effrayant d'immobilisme.

Cette double caractéristique semble avoir décidé l'organisation humanitaire à tenter une innovation qui, à l'échelle de sa tradition très précautionneuse, est presque perçue comme une révolution. Hier, les étendards brandis par le convoi aux plaques genevoises n'étaient pas seulement destinés à dissuader les tireurs éventuels. Ils constituaient aussi la déclaration visible d'un droit et, par contrecoup, l'affirmation que ce droit – dont le CICR est le garant – ne cesse d'être violé par l'Etat d'Israël. Les camions comme instruments d'un message humanitaire: le Comité de la Croix-Rouge sait bien qu'à l'inverse de ce qui se passe sur d'autres «terrains», les violations, ici, s'accompagnent de l'existence de vastes libertés démocratiques, notamment en matière de discussion publique. Que le CICR tente d'influencer le débat peut autant être perçu ici comme une intrusion inacceptable que comme une nouvelle manière de le nourrir.

Pourtant, pour être complet, l'exercice demande un résultat. Et celui-ci ne se profile guère. Le simple fait qu'une liste de soixante villages à visiter ait été établie (au moins trois mois d'opérations) dit assez que personne ne s'attend à ce que la situation s'améliore de sitôt. Confirmer qu'ils ont le droit pour eux n'est, aujourd'hui, qu'un motif de désespoir supplémentaire pour les Palestiniens.