Moins de deux ans après être entrées dans Pristina, les troupes de l'OTAN stationnées au Kosovo sont désormais accusées d'avoir failli à leur mandat. Elles devaient préserver un semblant de coexistence dans la province, mais les rares Serbes à n'avoir pas pris la fuite vivent claquemurés dans leurs enclaves au milieu du Kosovo, en proie à la vengeance albanaise. Le nettoyage ethnique «à rebours» n'a jamais vraiment cessé, malgré les efforts de Bernard Kouchner, l'ex-administrateur de l'ONU à Pristina. Deux mois après son départ et son remplacement par le Danois Hans Haekkerup, la situation ne cesse d'empirer. L'irrédentisme albanais – que les Occidentaux n'ont jamais vraiment mesuré jusqu'ici – s'exporte désormais depuis le Kosovo, pour déborder en Serbie du Sud et en Macédoine.

Verra-t-on une «guerre de Macédoine» s'ajouter à la litanie des conflits balkanique qui débuta en juin 1991? Pour l'instant, les troubles sur la zone frontalière au nord de Skopje ne semblent provoqués que par une poignée de combattants, d'anciens guérilleros de l'ex-UÇK (en principe dissoute), désœuvrés après l'imposition de la paix alliée. N'empêche, leurs agissements ont davantage déstabilisé la Macédoine en deux semaines qu'elle ne l'a été depuis l'implosion de la Yougoslavie. Le gouvernement nationaliste modéré au pouvoir à Skopje vient de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies, conscient que les troubles à la frontière pourraient rapidement échapper à son contrôle.

L'hypothèse d'une «négociation» arbitrée par les Occidentaux n'a pas encore vu le jour, mais ne devrait plus tarder. C'est alors qu'il s'agira de ne pas répéter les erreurs passées. A chaque guerre (Croatie, Bosnie, Kosovo), les «Grands» ont travaillé sur des résolutions de conflit séparées. Ainsi, à Dayton (1995), alors que tout le monde sentait que le Kosovo serait le prochain à basculer, on se contenta d'un plan de paix pour la seule Bosnie-Herzégovine. De la même manière, les accords de Kumanovo, qui mirent fin en juin 1999 à la guerre alliée contre la Yougoslavie, ont «oublié» le cas des minorités albanaises extérieures. Il serait peut-être temps de songer à une grande «conférence de paix» régionale, exhaustive, avant de se résoudre à déployer de nouveaux casques bleus en banlieue de Skopje.