La guerre psychologique, voilà peut-être tout ce qui reste à la Russie. La poutinienne proposition d'un bouclier européen antimissile, mieux adapté aux menaces réelles, n'est pourtant sans doute qu'un chiffon rouge. D'abord parce que, comme le faisait remarquer hier un analyste, «tout le monde sait que les Américains se passeront de l'accord et de l'Europe et des Russes pour faire leur bouclier». Parce qu'ensuite, en maintenant la pression sur plusieurs points sensibles de désaccords – l'élargissement de l'OTAN à l'Est, le bouclier – Moscou espère gagner au moins sur un tableau. Par exemple, arriver à négocier la neutralité des pays baltes contre le démantèlement de l'arsenal nucléaire de Kaliningrad. Et puis, avec son bouclier nettement plus local et moins onéreux, la Russie pourrait réussir à séduire certains pays européens et semer lzizanie au sein du clan occidental.

Le seul ennui, dans cette tactique qui tend à simuler la rupture pour mieux obtenir des cadeaux de consolation, c'est que rupture il pourrait finir par y avoir. Face à une Amérique bien à l'abri derrière son bouclier et une Europe «otanisée» jusqu'aux frontières russes, Moscou se tournerait vers l'Inde et la Chine, deux pays opposés au bouclier américain et avec lesquels la Russie a signé ou s'apprête à signer, de juteux contrats d'armements, en attendant, pour Pékin en tout cas, des accords militaires élargis.