Eloquentes coïncidences de calendrier. Alors que le vice-président américain Dick Cheney entamait mercredi en Azerbaïdjan sa tournée dans un Caucase sous haute tension, le président Serbe Boris Tadic réitérait à Bruxelles la volonté de Belgrade d'intégrer au plus vite l'Union européenne. Le tapis rouge déroulé aux Etats-Unis d'une part. L'envie d'Europe réaffirmée d'autre part. Et ce malgré les démonstrations de force de l'ours russe en Géorgie ou la plaie ouverte du Kosovo...

La nouvelle la plus préoccupante pour Moscou n'est toutefois peut-être pas celle qu'on croit. Que Dick Cheney, commandant en chef des faucons de Washington et grand spécialiste du jeu énergétique mondial, vienne pousser les pions américains entre mer Noire et mer Caspienne procède de la riposte stratégique classique. Que le président serbe, un mois à peine après avoir livré Radovan Karadzic au Tribunal pénal international, vienne redire son attachement à l'Europe trahit en revanche une lame de fond politique, sociale et économique dont la Russie ne peut ignorer les remous.

Aussi légitimement attachée soit-elle à son intégrité territoriale, la Serbie paraît enfin réconciliée avec son avenir. L'UE, avec ses 27 pays membres et ses 450 millions d'habitants, est son horizon naturel. A preuve: la soif de libre circulation de ses habitants, prisonniers de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, a largement contribué, en mai, à la victoire du camp proeuropéen.

Or cette marche vers l'Europe est aussi à l'œuvre dans ces marges orientales que sont l'Ukraine, la Moldavie et bien sûr la Géorgie. Partout, l'étreinte du Kremlin a depuis le début août renforcé l'envie, au sein d'une partie importante de la population, de voir Bruxelles tendre la main. Ce que le sommet extraordinaire de l'UE lundi a commencé à faire. Face au glacis russe, le dégel européen continue de cimenter les peuples.