Dimanche, Jacques Chirac a répondu à ceux qui accusent la France de mener une politique néocoloniale en Côte d'Ivoire. Il ne songeait pas seulement aux insinuations de Laurent Gbagbo et aux diatribes de ses partisans. Mais aussi à ceux qui, en France, prétendent que l'Opération Licorne n'est qu'un nouvel épisode de la colonisation et qui vont jusqu'à évoquer le souvenir de la guerre d'Algérie. Jacques Chirac a aussi prononcé une phrase qui mérite réflexion: «Nous ne voulons pas laisser se développer un système qui ne pourrait conduire qu'à l'anarchie ou à un régime de nature fasciste.»

Laissons tomber ce qu'on nommait après la décolonisation «les sanglots de l'homme blanc». Quelle est la personnalité politique et quel est le discours de Laurent Gbagbo? Il défend l'«ivoirité», un concept national fondé sur l'origine ethno-géographique. Il a conquis le pouvoir en écartant les citoyens de Côte d'Ivoire dépourvus d'un pedigree suffisamment pur, et il veut éviter d'appliquer les accords pour la même raison. Il accuse systématiquement les «étrangers» qui résident en Côte d'Ivoire – dont la plupart étaient Ivoiriens jusqu'à une nouvelle définition de la nationalité – d'être une menace pour son pays. Il s'appuie sur la manipulation de la violence populaire, mais aussi sur les puissances de l'industrie nationale. Il se réclame du socialisme (il fait partie de l'internationale du même nom et il a fallu cette crise pour que le Parti socialiste français décide de rompre publiquement avec lui). Bref, c'est un chef populiste charismatique et manipulateur national-socialiste qui ressemble étrangement à un modèle mis au point en Europe, par exemple Mussolini.

La communauté internationale, par l'intermédiaire des institutions qu'elle s'est données (l'ONU et l'Union africaine), intervient en Côte d'Ivoire pour protéger la population contre un désastre humanitaire. Il serait temps qu'elle puisse dire – ce qui lui donnerait plus de poids pour demander aux Etats-Unis d'abandonner leur unilatéralisme – qu'elle intervient aussi pour la protéger d'un désastre politique.