Au moment d'annoncer sa démission la semaine dernière, Tommy Thompson, le ministre de la Santé, a fait une déclaration fracassante: la nourriture des Américains est à la merci des terroristes, et il ne comprend pas pourquoi Al-Qaida n'a pas encore tenté d'empoisonner les hamburgers; ce serait si facile… Le ministre ne recommandait quand même pas la création d'un autre service de renseignement spécialisé dans l'alimentation. Peut-être parce que c'est déjà la tâche d'une des quinze agences existantes (dans plusieurs ministères, dont 7 ou 8 au Pentagone, en plus de la CIA et du FBI). La police, aux Etats-Unis, n'est pas ce qu'il y a de plus visible, mais aucun pays n'a jamais créé une telle masse de services, auxquels va s'ajouter une nouvelle structure bureaucratique.

Le monde est dangereux, et les Américains ont deux ou trois raisons de le penser. Mais ils ne semblent pas percevoir que le danger vient aussi de trop de polices. Les services qui prolifèrent justifient leur existence en décrivant et en imaginant les risques (comme Tommy Thompson) et en déclenchant des alarmes. Le pays finit par perdre de vue les véritables menaces.

Une prochaine attaque terroriste? Personne n'ose dire qu'elle n'est pas certaine, ou qu'elle est peu vraisemblable. C'est politiquement suicidaire. Mais pourquoi Al-Qaida viendrait-elle provoquer un nouveau massacre aux Etats-Unis? Un attentat barbare justifierait a posteriori l'activisme des Américains à l'extérieur. Et l'objectif d'Oussama ben Laden – il l'a dit à la veille de l'élection – est de leur faire lâcher prise dans le monde arabo-musulman. Son vrai terrain est là-bas. On le voit tous les jours.