En écoutant Jacques Chirac prêcher le dialogue et la négociation, on a peine à croire que la France n'est pas encore sortie de plusieurs mois d'une crise sociale qui a jeté des millions de gens dans la rue. On se demande si les agressions verbales de Jean-Pierre Raffarin contre le Parti socialiste, et le durcissement des relations entre la majorité et l'opposition sont une pure invention de l'esprit.

Jacques Chirac n'est jamais apparu aussi à l'aise dans sa posture présidentielle, très au-dessus des contingences, des conflits de basse politique et des soucis causés par les grèves des transports. Le gouvernement gouverne (plutôt bien selon lui). Le président semble habité par le rêve d'une France créative, capable de s'adapter aux circonstances, de ne plus attendre tout de l'Etat et surtout de prévenir les conflits grâce au dialogue entre gens de bonne foi.

Les enseignants sont inquiets; il les comprend. Les intermittents craignent pour leur survie; il s'en occupe. La Corse a voté «non»; il le regrette mais c'est son droit. Jacques Chirac semble jeter un regard indulgent et compréhensif vers ce peuple de France dont il est président. Il lui offre l'image d'un règne bienveillant, mais superbement éloigné de sa vie réelle.