A l'image d'un verdict partagé qui condamne l'un des accusés libyens en acquittant l'autre, la communauté internationale est divisée sur le sort à réserver à Tripoli. La défense a tenté de faire dévier la responsabilité de l'attentat de Lockerbie vers des groupes palestiniens, mais les juges ont conclu à l'origine libyenne du crime. Sitôt le verdict connu, la Libye a néanmoins réclamé la levée des sanctions et des «réparations» pour les pertes dues à l'embargo international.

Certains sont sensibles à l'appel libyen. L'Italie a déjà presque renoué avec Tripoli, la France se réjouit aussi d'une normalisation en progrès, l'Egypte et l'Espagne souhaitent que le verdict écossais ouvre la voie à une levée des sanctions. D'autres en revanche ne l'entendent pas du tout ainsi. D'abord, les familles des victimes – parmi lesquels 189 Américains – qui souhaitent que les vrais coupables, ceux qui ont commandité l'attentat, soient débusqués et jugés. Les Etats-Unis enfin et surtout qui n'entendent pas faire le moindre geste en faveur de Tripoli. George W. Bush l'a dit, «rien ne pourra jamais effacer les souffrances et les pertes provoquées par cet acte terrible». Washington va donc continuer de «faire pression» sur la Libye.

A l'heure qu'il est, le régime libyen doit regretter amèrement d'avoir tant tardé à livrer ses espions, différant d'autant le verdict. L'administration républicaine qui vient d'entrer en fonction ne renoncera pas à ses ennemis traditionnels au moment où elle doit justifier un ambitieux programme d'armement.