Les actions des adeptes du Falungong font presque partie du quotidien de Tiananmen. Sans les spectaculaires immolations par le feu – réprouvées par des membres en exil du mouvement pour qui elles sont contraires à la doctrine de Li Hongzhi, le «gourou» du Falungong –, ces scènes de protestations, que Pékin semble impuissant à empêcher, sont presque devenues banales. La répression impitoyable des autorités l'est aussi, depuis – hélas – bien plus longtemps.

L'obstination des membres du Falungong et la crispation des dirigeants de Pékin disent deux choses. D'une part que, dans la population chinoise, l'aspiration à autre chose que ce que propose la Chine d'aujourd'hui aux Chinois est réelle et tenace, même si elle s'exprime par des chemins détournés. Depuis, le massacre du 4 juin 1989, Pékin a pris soin de distinguer progrès économique et réformes politiques et sociales. Aujourd'hui, cette séparation atteint ses limites. D'autre part, la constante fureur des autorités trahit la nervosité et la peur du régime face à toute forme d'organisation extérieure au Parti. Ce dernier se souvient sans doute de sa propre arrivée au pouvoir.

Pour familier qu'il soit désormais, ce face- à-face violent entre pouvoir et protestataires n'est pas figé. Il y a deux semaines, les dirigeants chinois ont toléré la tenue d'un grand rassemblement du Falungong à Hongkong, qui pour être Région administrative spéciale n'en est pas moins territoire chinois. De plus, la publication, grâce à une fuite, des discussions secrètes entre conservateurs et réformateurs pendant la répression de Tiananmen est un autre signe que quelque chose bouge. Au sein d'un Parti, si figé en apparence, certains font savoir clairement qu'ils entendent l'appel au changement.