On reste toujours ébahi de la clarté du message que nos voisins français, élection après élection, envoient à leurs dirigeants. Le premier tour des municipales, autour desquelles l'effervescence aura été formidable, cette année, était censé servir de dernier tour de piste pour les scrutins de 2002. Il devait, avec celui de dimanche prochain, marquer le dynamisme supposé de la gauche plurielle.

Rien de tout ça: la France ne rosit pas. Difficile de lire, de surcroît, dans le marc de café des résultats, le dessin possible de la majorité des législatives et de la présidentielle. Les gens, nous le remarquions déjà lundi matin, se sont bornés à jauger leurs maires. Les municipales sont leur Jugement dernier, et leurs administrés les archanges qui décident de leur vertu. Efficaces (ils le sont, et très largement), on les garde. Médiocres, ou débarquant, sans nécessité, dans une commune où on est satisfait du shérif, on les boude ou on les jette.

Attention donc aux fausses annonces: les Français ne changent pas d'habits d'un jour à l'autre. Ils sont en majorité de droite et le restent: une heureuse conjoncture (la loi électorale et le jeu du Front national) ouvrit la voie à la gauche en 1997. Mais en voix, la droite, il y a quatre ans, était encore conservatrice. De même, on se gardera de voir dans les déboires de quelques ministres candidats (les Voynet, Guigou, Gayssot, Moscovici, Lang) une leçon faite au gouvernement. Moins qu'à des parachutés, c'est à des gens qui ne s'investissent pas, et sérieusement, dans leur commune qu'on s'en est pris. Preuve en est que pas moins de 29 ministres se sont présentés à l'élection. Tous (et de loin) n'ont pas été élus ou se trouvent en difficulté.

Le scrutin de dimanche présente enfin une singularité: dans nombre de villes (Toulouse, Lyon, Avignon, et même Paris, avec la liste Tiberi) ont surgi des listes «citoyennes», marquant le désir d'un certain nombre d'électeurs de ne pas s'endormir au ronron des programmes officiels. Aujourd'hui, ces listes jouent un rôle décisif pour les arrangements du second tour et pour faire de la politique autrement. La politique, donc, n'est pas morte!