José Manuel Durão Barroso est finalement parvenu à faire approuver, jeudi, son équipe – remaniée – de vingt-quatre commissaires par le Parlement européen réuni en séance plénière à Strasbourg. «On peut remettre les montres en marche. Je suis entre vos mains car je sens une complicité positive», avait-il déclaré la veille aux eurodéputés. Il avait promis le 27 octobre dernier en refusant de soumettre sa commission au vote des parlementaires de ne faire, au sein de son équipe, que les modifications «nécessaires et suffisantes». Il a tenu parole, se contentant d'exiger de la Lettonie et de l'Italie de nouveaux candidats. C'est ainsi que, pour avoir tenu des propos controversés sur les homosexuels et les femmes, Rocco Buttiglione s'est vu remplacé par Franco Frattini, chef de la diplomatie italienne, et que Ingrida Udre a été renvoyée au profit d'Andris Pielbags. Il a en revanche refusé de remettre en cause la présence de la Néerlandaise Neelie Kroes qui pourrait être aux prises avec des conflits d'intérêts au poste très en vue de commissaire à la Concurrence.

Cette flexibilité toute relative lui a valu un soutien contrasté des Parlementaires avec lesquels il devra travailler jusqu'au 31 octobre 2009. Si sa nouvelle équipe est approuvée par 449 eurodéputés pour, 149 voix contre et 82 abstentions, soit avec 66% des voix du Parlement, il n'a pas évité de nombreuses critiques. Les Verts, qui ont voté contre sa commission, ont souligné les difficultés que risquaient de rencontrer tant Neelie Kroes que le Grec Stavros Dimas, en charge de l'environnement. Nommer Stavros Dimas à l'environnement, se sont indignés les élus écologistes, c'est comme nommer un Vert au nucléaire! Abstention aussi dans les rangs de l'extrême gauche et sans surprise du côté des eurosceptiques en tout genre, y compris à l'extrême droite. Nigel Paul Farage, le leader du parti indépendant britannique, a provoqué un esclandre en s'attaquant à plusieurs des nouveaux commissaires dont le Français Jacques Barrot en exhumant une vieille affaire de financement illégal de parti politique. Son intervention a suscité un tollé général.

Si Hans-Gert Pöttering, le chef de file des eurodéputés conservateurs, n'a pas caché sa joie de voir enfin approuvée l'équipe de José Manuel Durão Barroso qu'il n'a cessé de soutenir, il a aussi reconnu que certains, au sein de son parti, n'approuvaient pas entièrement les changements opérés. Martin Schulz, le patron des socialistes dont les troupes – notamment les Français – n'ont pas non plus été unanimes, a remarqué, en faisant allusion à Neelie Kroes que «cela aurait été mieux si le gouvernement néerlandais s'était montré plus flexible». Graham Watson, le leader des libéraux et démocrates, a lui aussi été mesuré: «Aujourd'hui nous vous accordons un permis de conduire, a-t-il lancé au président Barroso, mais demain nous nous retrouverons sur la route».

Face à l'entêtement de José Manuel Durão Barroso qui avait attendu la dernière minute pour envisager des concessions, le Parlement européen ne veut pas perdre l'avantage acquis le 27 octobre dernier. Il a aussi voté une résolution unilatérale où il demande au président d'exiger la démission d'un commissaire qui n'aurait plus la confiance du Parlement. Tout en restant poli et en se montrant intéressé par cette proposition, José Manuel Durão Barroso a rappelé que toute démission au sein de son équipe relevait de lui seul. Le Parlement entend cependant le placer sous surveillance. Même Hans-Gert Pöttering qui est resté durant toute la crise un allié fidèle du président Barroso a prévenu que Strasbourg ne renoncerait pas au «devoir de contrôle parlementaire sur la Commission».

Dès lundi, José Manuel Durão Barroso prendra ses quartiers au Berlaymont à Bruxelles. Mais le crédit dont il jouissait lors de sa nomination l'été dernier s'est beaucoup effrité ces dernières semaines, sa manière de gérer la crise ayant inquiété beaucoup de ceux avec qui il devra collaborer. De plus, Neelie Kroes pourrait, dès lundi, être amenée à se décharger de «deux ou trois affaires» où elle risque de rencontrer des conflits d'intérêts.