La douzaine de fonctionnaires qui entourent leur ministre semblent aussi nerveux que lorsqu'on passe un examen. Le Ministère du travail de Ramallah, en Cisjordanie, accueillait jeudi la commission d'enquête qui avait été décidée à Genève en octobre dernier par la Commission des droits de l'homme. Très controversée, la résolution qui l'instituait accusait Israël de «crimes de guerre et crimes contre l'humanité» ainsi que de vouloir «systématiquement et délibérément tuer des civils et des enfants». Se jugeant condamné avant même que débute le procès, Israël a confirmé hier aux membres de la commission qu'il refusait de les rencontrer.

C'est donc dans l'indifférence générale que le ministre Rafiq Shaker al-Natsheh a détaillé aux membres de la commission les conséquences du bouclage israélien sur l'emploi dans les territoires. Aux 125 000 personnes qui travaillaient auparavant en Israël et ne peuvent plus s'y rendre s'ajoutent, selon lui, des dizaines de milliers d'autres. Du fait de l'émiettement des territoires palestiniens, le matériel n'arrive plus dans les usines, les ouvriers pas davantage. Selon des chiffres confirmés par l'ONU, 900 000 personnes seraient affectées, de manière directe ou indirecte.

Autour du ministre, ses fonctionnaires fument cigarette sur cigarette, tandis que d'autres employés s'affairent pour «réparer» les gonds de la porte qui ne cesse de grincer ou pour faire, avec l'une des deux seules photocopieuses du ministère, d'autres copies du rapport qu'ils distribueront aux enquêteurs – en arabe.

Aide promise des Etats arabes

«Le ministère distribue 600 shekels (quelque 250 francs) d'allocations à 80 000 personnes. Mais ce n'est pas une solution, explique le ministre. Ce qu'il nous faut, c'est des projets à long terme.» Il passe à l'anglais pour parler des millions promis par les Etats arabes: «Seul Allah sait quand ils arriveront.»