A l'heure des bilans, on serait bien en peine de trouver dans la Commission des droits de l'homme (CDH) de l'ONU, qui achève sa 60e session ce vendredi, de quoi contrebalancer les critiques violentes dont elle fait l'objet depuis plusieurs années de la part des défenseurs des droits humains. Condamnations au compte-gouttes, projets de résolutions neutralisés, violations purement et simplement ignorées: une fois de plus, la Commission a affiché son impuissance à incarner l'instrument de défense des droits de l'homme qu'elle est censée être. Retour sur six semaines de marchandages entre Etats surtout préoccupés de contrer toute velléité de condamnation à leur encontre.

Reporté une première fois la semaine dernière, le vote d'une résolution déposée par l'Union européenne (UE) contre les violations commises par le Soudan au Darfour l'a été de nouveau jeudi, signe des tractations de coulisses qui entourent ce dossier (lire ci-dessous). Si le texte devait être adopté ce vendredi, Khartoum rejoindrait au banc d'infamie une poignée d'Etats dont l'une des caractéristiques, outre les violations flagrantes dont ils sont les auteurs, est d'être particulièrement isolés sur la scène internationale: Biélorussie, Birmanie, Turkménistan et Corée du Nord (lire ci-dessous), auxquels s'ajoute Cuba, condamné vendredi dernier à une voix près – et en des termes modérés – pour sa campagne de répression de l'an passé contre les dissidents et que la CDH, alors réunie, n'était pas parvenue à sanctionner.

En riposte, Cuba a annoncé qu'il déposerait une résolution sur la situation des détenus à Guantanamo. Jusque-là, aucun pays n'avait envisagé de le faire. Mercredi soir encore, ses représentants à Genève prétendaient disposer de soutiens parmi les 53 membres de la CDH. Bluff? Jeudi, ils ont finalement renoncé à soumettre au vote un texte au ton pourtant très mesuré, qui demandait modestement aux Etats-Unis de fournir au Haut-Commissariat des droits de l'homme «les renseignements nécessaires pour clarifier les conditions de vie et le statut juridique» des détenus sur la base. Motif officiellement invoqué: les «pressions» effectuées par Washington sur les Etats qui soutiendraient le texte.

La semaine dernière, la résolution de l'UE sur les violations commises par la Russie en Tchétchénie avait au moins eu la vertu d'être soumise au vote, même si elle a été rejetée à une nette majorité. Celle déposée par les Etats-Unis contre la Chine a été neutralisée par un artifice de procédure opportun permettant d'écarter toute discussion sur le sujet. Quant au Zimbabwe, il a pu compter sur la solidarité du «bloc africain» emmené par l'Afrique du Sud pour échapper, grâce à un artifice de procédure identique, au projet de résolution déposé par l'UE.

Enfin, toute une série de violations ont été «évacuées» au chapitre de l'aide technique. Le Congo, le Burundi, le Cambodge, la Somalie, la Sierra Leone ou le Liberia, l'Afghanistan, Haïti, le Népal ou la Colombie ont ainsi fait l'objet d'une résolution, voire d'une simple déclaration du président de la CDH, qui vise essentiellement à mettre à disposition de ces pays un «expert indépendant» chargé de les accompagner dans leurs efforts en matière de droits de l'homme.

Enfin, il y a les pays dont il n'a même pas été question. Contrairement aux années précédentes, l'UE a renoncé à déposer une résolution sur l'Irak. «Par souci d'apaisement déplorable», critiquent les ONG. Quant à l'Iran, ni l'UE ni le Canada, lequel avait pourtant déposé une résolution devant l'assemblée générale de l'ONU en novembre dernier, n'ont pris la moindre initiative cette fois-ci. Commentaire de l'Iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel 2003, de passage à Genève mi-avril: «Le silence de la Commission serait une insulte pour les démocrates et les défenseurs des droits de l'homme en Iran.» Une formule qu'on peut désormais conjuguer au présent…

Parmi les rares points positifs de cette session, la nomination d'un expert indépendant qui sera chargé d'étudier la conformité des mesures antiterroristes nationales avec les droits de l'homme. Il fera de facto office de rapporteur auprès de la prochaine Haut-Commissaire aux Droits de l'homme, Louise Arbour, dont la prise de fonction est attendue pour juillet.