Horaire

La Commission européenne se met à l’heure du peuple  

A un an de la fin de son mandat, la Commission européenne n’aura peut-être plus beaucoup d’occasions de se rendre populaire aux yeux des Européens. Le changement d’heure dans l’UE, qu’elle propose d’abolir prochainement, est du pain bénit à quelques mois des élections

Après le roaming, la fin du changement d’heure dans l’Union européenne (UE). Alors que la Commission entamera en septembre la dernière ligne droite de son mandat, les occasions vont se faire rares de montrer aux citoyens européens qu’elle sait les écouter et tenir compte de leurs besoins, eux qui lui reprochent, dans leur grande majorité, son image lointaine et technocratique quand ce n’est pas son caractère antidémocratique.

Jean-Claude Juncker, qui cédera sa place en novembre 2019, semble l’avoir bien compris et s’est engouffré dans la brèche vendredi matin en annonçant à la télévision allemande ZDF que l’exécutif bruxellois proposerait bientôt une législation pour mettre fin au changement d’heure deux fois par an dans les Etats membres. La Commission devrait pencher pour le maintien de l’heure d’été même si elle assurait hier ne pas encore avoir défini le contenu exact de son texte ni le calendrier précis.

Décision prise en quinze jours

L’initiative, qui découle d’une consultation publique, pourrait sembler triviale, les défis à relever en cette rentrée européenne semblant bien plus vitaux, entre l’accord recherché avant la fin octobre avec Londres sur le Brexit, la guerre commerciale avec Donald Trump, le dilemme migratoire et la menace d’une nouvelle percée des «europhobes» et antisystèmes aux Européennes de mai 2019.

C’est pourtant avec célérité que la Commission Juncker a annoncé cette nouvelle législation. Rarement la prise de décision aura été si rapide: cette consultation publique s’est déroulée dans les 28 pays de l’UE entre le 4 juillet et le 16 août dernier et les résultats n’ont pas encore été tous analysés, comme l’a avoué un porte-parole vendredi midi. Une décision prise en quinze jours, donc.

Mais l’essentiel est déjà là: sur les 4,6 millions d’Européens qui ont pris part à ce sondage en ligne, 84% ont réclamé l’abandon du changement d’heure semestriel au motif que cela entraîne de la fatigue, crée plus d’accidents sur les routes et, surtout, n’apporte selon eux aucune économie d’énergie. De fait, en dépit des débats récurrents à l’occasion de ces changements d’heure, aucune étude n’aurait permis à ce jour de confirmer l’utilité de cette mesure en termes de consommation d’énergie.

Redorer son image

Mais aucune étude n’aurait non plus démontré le contraire… Les eurodéputés ont de leur côté adopté en début d’année une résolution dans laquelle ils dénoncent un effet néfaste sur la santé, mis en lumière par plusieurs études scientifiques.

Bien ou mal, ce changement d’heure? La Commission n’est pas rentrée dans ce débat lors de cette consultation. Ce qu’elle sait, c’est que son sondage en ligne est celui qui a reçu à ce jour le plus de réponses et cela semble lui suffire pour agir rapidement. Et peu importe que ces réponses soient venues majoritairement d’Allemagne ou d’Autriche et très peu d’Italie où à peine 0,04% de la population a répondu, les Britanniques étant les bons derniers avec un petit 0,02%.

L’initiative devrait recevoir un bon écho, même si la détermination du fuseau horaire restera au final une compétence nationale et qu’un pays pourra continuer de choisir l’heure qu’il souhaite, entre horaire d’été et d’hiver. Plusieurs pays européens ont déjà demandé, de plus, l’abolition de ce changement d’heure, en vigueur depuis 1996 pour l’ensemble des Européens. Parvenir à mettre d’accord les 28 – bientôt 27 – sur ce sujet pourrait donc offrir à la Commission une victoire relativement facile et redorer un peu son image.

Suppression des frais de roaming

Une victoire plus facile que celle de la suppression des frais d’itinérance qui avait buté sur le lobbying puissant des opérateurs de téléphonie. Cette réforme, un vieux rêve poursuivi par l’ancienne commissaire Viviane Reding, a mis en effet près de dix ans à voir le jour. Elle se révèle aujourd’hui une grande réussite, les factures de téléphone ayant été diminuées de moitié pour certains. Elle est d’ailleurs l’un des rares bénéfices concrets que peut citer le citoyen lambda, en dehors de pouvoir – en théorie – voyager dans l'espace Schengen sans montrer sa carte d’identité.

L’abandon du changement d’heure sera-t-il donc l’autre succès populaire et visible de cette Commission Juncker? Ce ne sera cependant pas pour tout de suite et peut-être même pas avant 2021, le temps qu’Etats membres et Parlement planchent sur le texte, a déjà noté la commissaire européenne aux Transports Violeta Bulc. Mais l’idée étant sur la table, elle pourra toujours faire office d’arguments pour la campagne des pro-Européens. Emmanuel Macron lui-même s’est fendu, au Danemark, d’une capture de son écran de téléphone pour vanter la réussite des «accords européens» en matière d’itinérance.

Le citoyen européen moyen ne devrait pas s’emballer pour autant. Certes, la Commission a récemment lancé une vaste campagne contre le plastique et l’interdiction des pailles à usage unique, qui préoccupent les gens. Mais elle a parallèlement raté d’autres occasions de les toucher, telle l’interdiction du glyphosate, qu’elle a refusé de proposer en dépit de fortes mobilisations.

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