La Commission Juncker ne bénéficiera d’aucun état de grâce

Europe Le nouvel exécutif européen prend ses fonctions ce lundi

Le défi principal est économique. Vingt-cinq millions de chômeurs attendent un emploi

Exit la Commission Barroso. Le nouvel exécutif européen prend ses quartiers ce lundi à Bruxelles sur fond de crise économique qui perdure. «Maintenant, il faut relever nos manches et se mettre au travail», a déclaré son président Jean-Claude Juncker dans un communiqué de presse publié samedi pour marquer le début de son mandat de cinq ans. «Les défis de l’Europe ne peuvent pas attendre.» Lors de son investiture le 23 octobre par le Parlement européen, il avait lui-même parlé de la «Commission de la dernière chance».

Les défis, en effet, ne manquent pas: Ukraine, Proche-Orient, terrorisme, changement climatique, Ebola, Royaume-Uni. Mais c’est au sein des Vingt-Huit que les attentes sont les plus grandes. L’économie européenne est certes sortie de la récession en 2012 et de la crise de l’euro. Mais elle ne décolle pas vraiment. Jyrki Katainen, vice-président de la Commission, chargé de la Croissance, de l’emploi et de la compétitivité, ainsi que le commissaire Pierre Moscovici, en charge des Affaires économiques et monétaires et de la fiscalité, présenteront ce mardi les perspectives économiques pour 2015 et 2016. A suivre, donc. Mais des analystes craignent que l’Europe ne retombe en récession. La peur n’est pas injustifiée; même le moteur allemand s’est ralenti de façon inattendue au troisième trimestre 2014.

Les plus pessimistes redoutent la déflation, c’est-à-dire une baisse générale des prix, qui à son tour entraîne une baisse de la demande et de l’activité économique. Mauvais signe, l’inflation a été au-dessous de 1% depuis octobre 2013 alors que l’objectif fixé par la Banque centrale européenne (BCE) est de 2%. L’Europe pourrait entrer dans le même cercle vicieux qu’avait connu le Japon. Son économie avait stagné durant les années 1990. Désormais, la BCE prend ce risque au sérieux.

Avant même de prendre les rênes du pouvoir, Jean-Claude Juncker a déjà créé l’espoir, notamment auprès de 24,5 millions de chômeurs européens, chiffre légèrement en baisse par rapport à l’année 2013, en promettant un plan d’investissement de 300 milliards d’euros pour l’Europe. Annoncé en juillet, son projet marque une différence d’approche par rapport à son prédécesseur José Manuel Barroso. Le Portugais avait surtout misé sur les réformes structurelles et la rigueur budgétaire pour sortir de l’ornière.

L’ancien président de la zone euro doit maintenant réunir cette manne, sachant que des Etats, notamment l’Allemagne et les pays nordiques, restent circonspects face aux investissements publics. Il peut compter sur la pression de la France et de l’Italie, qui demandent à l’UE d’adopter une politique keynésienne. Jean-Claude Juncker insiste sur un financement public-privé. Il veut aussi concrétiser le marché unique des capitaux pour financer les investissements. Lors de sa dernière intervention devant le Parlement européen, il a promis un plan détaillé de projets avant Noël. Il le présentera vraisemblablement au prochain sommet européen le 18 décembre.

Pour relever le défi, le Luxembourgeois s’appuie directement sur trois commissaires: l’ancien premier ministre finlandais Jyrki Katainen, l’ancien ministre français des Finances Pierre Moscovici et l’ancien premier ministre letton Valdis Dombrovskis, en charge de l’Euro et du dialogue social. Il attend également une forte impulsion du commissaire allemand Günther Oettinger, désormais chargé de l’Economie numérique, pour redynamiser la croissance.

La nouvelle Commission devra aussi rapidement rassurer les partenaires internationaux. Le Fonds monétaire international, l’OCDE, mais aussi les Etats-Unis et les grands pays émergents accusent l’UE de tirer la croissance mondiale vers le bas. Jean-Claude Juncker a déjà un rendez-vous. Sa première sortie à l’étranger sera consacrée au Sommet du G20 qui a lieu les 15-16 novembre à Brisbane, sur la côte est australienne.

Des analystes craignent que l’Europe ne tombe de nouveau en récession