Deux jours après le massacre d’Orlando qui a fait 50 morts et 53 blessés dans la nuit de samedi à dimanche, la communauté gay est sous le choc. L’acte commis par Omar Seddique Mateen, un Américain de 29 ans de parents afghans, dans le club Pulse, un haut lieu gay de la nuit de cette petite ville du centre de la Floride interroge sur la menace terroriste et sur les résistances homophobes en Amérique. Ayant prêté allégeance au leader du groupe de l’Etat islamique, le tueur présumé n’aimait visiblement pas les homosexuels, dégoûté voici deux mois de voir deux homosexuels s’embrasser à Miami devant son fils de trois ans. Le père d’Omar, Seddique Mateeen, a voulu exprimer son opinion sur la question dans une vidéo postée sur Facebook: «C’est à Dieu qu’il revient de juger les homosexuels pour leurs actes, pas à ses serviteurs. Je suis attristé par cette nouvelle. Que Dieu guide la jeunesse et lui permette de suivre le véritable islam.»

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En tirant à bout portant sur les quelque 320 personnes présentes dans l’établissement, il a agi avec la même brutalité envers les gays que le mouvement djihadiste dont il se réclame. Il n’a pas perpétré son acte au hasard. Le mois de juin est connu outre-Atlantique pour être celui des gay prides. L’onde de choc provoquée par la pire fusillade dans l’histoire des Etats-Unis s’est propagée à toute la communauté gay mondiale qui a organisé des veillées en hommage des victimes d’Orlando. Aujourd’hui, les gays américains se demandent s’ils paient le prix des progrès considérables accomplis en termes de reconnaissance et de droit sous l’administration de Barack Obama.

«Une attaque contre nous tous»

La tragédie d’Orlando a donné lieu à des messages de soutien à travers tout le pays. Le président démocrate lui-même a souligné à quel point des clubs gays comme Pulse sont précisément des lieux essentiels où les homosexuels affirment leurs droits. «Une attaque contre tout Américain, quelles que soit sa race, son ethnie, sa religion ou son orientation sexuelle, est une attaque contre nous tous», a-t-il déclaré. Décrit par le journaliste Andrew Sullivan comme le «premier président gay», Barack Obama a beau être hétérosexuel, il a permis l’une des plus grandes percées sociétales de ces dernières années: la légalisation du mariage homosexuel confirmée par la Cour suprême en juin 2015. Cette accélération a pris une partie de l’Amérique de court. Dans le Kentucky l’an dernier, Kim Davis, une employée du comté de Rowan, a refusé d’accorder un certificat de mariage à un couple homosexuel en défiance de l’arrêt de la Cour suprême. Les candidats républicains à la Maison-Blanche Mike Huckabee et Ted Cruz étaient venus féliciter ce héraut de la liberté religieuse. Selon la Human Rights Campaign, les violences contre les gays ont augmenté depuis 2015. En mars, un homosexuel a été tué à Los Angeles et un couple gay a été ébouillanté à Atlanta.

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Au-delà du drame, qui touche de plein fouet une communauté, le massacre d’Orlando montre la fragilité des progrès accomplis, mais aussi le chemin parcouru. Il y a cinq décennies, les gays étaient pourchassés par la police dans les villes des Etats-Unis. New York n’a pas fait exception, mais 1969 fut un tournant. Les gays fréquentant le Stonewall Inn dans le Village à Manhattan ont résisté à la police. L’épisode transformera la perception de la communauté gay au même titre que l’assassinat de Harvey Milk et du maire de San Francisco, deux élus gays, en 1978. Aujourd’hui, Barack Obama pense même faire de Stonewall Inn un monument national. Dans les années 1980, l’arrivée du sida fut un épisode tragique pour les gays remontés contre une administration Reagan insensible à leur sort. Le président Bill Clinton a poussé à l’adoption de la loi «Don’t Ask, Don’t Tell» permettant aux homosexuels de se rendre à l’armée pour autant qu’ils cachent leur orientation sexuelle. Avec le recul, la loi a été vivement critiquée, mais elle correspondait aux progrès possibles à l’époque. Elle a finalement été abrogée en 2010.

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Au lendemain d’Orlando, il y a peu de chances de voir le candidat républicain Donald Trump s’ériger en défenseur des LGBT (lesbiens, gays, bisexuels, transgenres) qui ne font pas partie de son électorat de prédilection. Pour la démocrate Hillary Clinton en revanche, qui avait tenu un discours mémorable sur les droits des homosexuels en décembre 2011 devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, elle a déjà exprimé son ferme soutien: «A la communauté LGBT: sachez que vous avez des millions d’alliés à travers le pays. J’en suis un.»