La crise qui agite la frontière nord de la Macédoine depuis une dizaine de jours a provoqué une intense activité diplomatique mardi, avec notamment la rencontre à New York entre le secrétaire général de l'OTAN George Robertson et celui des Nations unies, Kofi Annan. Les deux hommes ont évoqué la possibilité de permettre à Belgrade de redéployer des troupes sur la frontière sud du Kosovo, celle qui sépare la province de la Macédoine. La manœuvre, si elle devait se réaliser rapidement, n'est pas sans risques: resté officiellement «yougoslave» aux termes de la résolution 1244 des Nations unies qui codifie le protectorat international, le Kosovo vit officieusement sous indépendance, depuis la libération de la province par les troupes alliées en juin 1999. Un retour des soldats yougoslaves – même pour servir de «tampon» entre la Macédoine et le Kosovo — serait extrêmement mal perçu par les habitants de la province, pour qui cela mettrait probablement un terme au rêve d'indépendance.

«Nous envisageons maintenant très sérieusement la décision d'autoriser les forces yougoslaves à se déployer dans la zone de sécurité le long de la frontière, a dit George Robertson mardi. J'espère qu'une décision sera prise cette semaine.»

Parallèlement, la Macédoine affichait mardi sa détermination à éliminer la guérilla albanaise qui s'oppose à ses forces. «Les extrémistes seront défaits politiquement et militairement et chassés […] Ils ne prendront pas un centimètre du territoire de la République de Macédoine. […] Nous ne négocierons pas avec le terrorisme, avec des éléments représentant la haine raciale et ethnique», a martelé le président Boris Trajkovski devant le parlement de Skopje.

La KFOR en accusation

Il s'en est pris à la Force multinationale de paix au Kosovo (KFOR), qui selon lui n'a pas rempli ses obligations de protéger la frontière. Les derniers échanges de tirs ont eu lieu lundi près du village de Tanusevci, contrôlé depuis plusieurs semaines par des groupes armés se réclamant de l'Armée de libération nationale (UCK) des Albanais de Macédoine. Dimanche, trois soldats macédoniens avaient été tués, pris au piège d'une embuscade. La frontière avec le Kosovo a été fermée à la suite de cet incident et la Macédoine a appelé à la mobilisation des réservistes de la police et d'une partie de ceux de l'armée.

Le ministre macédonien des Affaires étrangères, Srdjan Kerim, a quitté mardi Skopje pour New York où il doit assister aujourd'hui à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, consacrée à la dégradation de la situation dans la région. La Macédoine compte y réclamer l'établissement d'une zone frontalière de sécurité à l'intérieur du territoire du Kosovo, pour empêcher les incursions des maquisards à partir de la province yougoslave.

Le pouvoir de Skopje bénéficie de l'appui total des Occidentaux: à Vienne, l'OSCE lui a apporté son soutien et condamné les actions des extrémistes albanais, tandis que L'UE a également condamné, dans un communiqué publié par la présidence suédoise de l'Union, les attaques de rebelles albanais qui «mettent en danger la stabilité et la sécurité (de la Macédoine) et celle de ses ressortissants». La France a invité la KFOR à «exercer toutes ses responsabilités» pour mieux contenir les activités des groupes armés. Le commandant de la KFOR, le général transalpin Carlo Cabigiosu, a annoncé mardi l'arrestation par ses troupes de six hommes soupçonnés d'appartenir à la guérilla albanaise et qui «tentaient d'entrer au Kosovo depuis la Macédoine». Côté yougoslave, le premier ministre de Serbie Zoran Djindjic estime que «le problème est maintenant clair: il ne s'agit pas de la population (albanaise) qui lutte pour ses droits, mais bien d'un terrorisme organisé qui a pour but de redéfinir le rapport des forces dans les Balkans». Les violences en Macédoine se produisent à proximité de la zone d'activité d'une autre force séparatiste albanaise, l'Armée de libération de Presevo-Medvedja-Bujanovac (UCPMB), du nom de trois villes du sud de la Serbie à forte population albanaise.