L'Organisation internationale des migrations (OIM) est en train de préparer un plan d'enregistrement des quelque 320 000 réfugiés qui sont arrivés ces dernières semaines en Albanie, dont la plupart ont dû abandonner toutes leurs pièces d'identité. Ce projet, considéré comme prioritaire par le gouvernement de Tirana et par la communauté internationale, a été chiffré à 3,5 millions de dollars. Etrangement, en dépit de l'importance reconnue à ce projet par les donateurs traditionnels, l'argent tarde à arriver.

Ces nouvelles cartes d'identité permettront à leur propriétaire d'accéder à des abris, à de la nourriture, à faciliter leur immigration dans un pays tiers pour autant qu'ils remplissent les conditions, et permettront d'établir les preuves de résidence et leurs droits à la propriété dont ils ont été spoliés. Elles devraient aussi faciliter la réunification des familles. Une campagne d'information expliquera aux réfugiés qu'ils obtiendront l'équivalent «d'un passeport» leur donnant accès à divers services. Le fait qu'une partie très importante des réfugiés ait trouvé hospitalité dans des familles albanaises complique l'évaluation des besoins et rend d'autant plus nécessaire cette opération de recensement. Ce projet a été conçu par l'OIM, en coordination avec le Haut-Commissariat pour les réfugiés, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Conseil de l'Europe.

Base de données centralisée

Les cartes d'identité seront difficilement falsifiables, comportant des photos digitales, des hologrammes et des codes-barres. En pratique, l'enregistrement se fera via 150 équipes réparties dans douze districts albanais, reliées à une base de données centralisée. L'OIM estime que l'enregistrement de tous les réfugiés résidant en Albanie pourrait se faire en moins de soixante jours. Lorsque cet exercice sera terminé, l'essentiel du matériel de recensement sera donné au gouvernement albanais pour couvrir les propres besoins de sa population (pour produire permis de conduire, cartes de sécurité sociale, recensement…).

Le CICR s'occupera plus spécifiquement de la réunification des familles. Sa tâche est d'autant plus ardue que de nombreuses familles ont été séparées lorsque les réfugiés ont été transférés dans différents camps en Macédoine, en Albanie et dans d'autres pays. Le CICR a conclu la semaine dernière un accord avec trois radios, respectivement Radio Tirana, Voice of America et Deutsche Welle en association avec Radio France International. Ces radios diffuseront les noms des réfugiés pour permettre à leur famille de les localiser. Chaque jour, entre 50 et 100 noms sont diffusés sur ces antennes. Les journaux albanais ont publié plus de 500 noms et grâce aux téléphones de la Croix-Rouge, plusieurs centaines de réfugiés sont parvenus à retrouver de la famille dans des pays tiers. Dès cette semaine, 44 téléphones mobiles seront mis à la disposition des réfugiés. En Macédoine, les organisations humanitaires ont enregistré 150 enfants non accompagnés dans les camps de transit et ont reçu 300 demandes de parents qui, durant le nettoyage ethnique, ont perdu trace de leurs enfants.