Des milliers de membres des communautés indigènes de Colombie, du Chili et de Bolivie ont manifesté lundi, jour de commémoration de l'arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain et de la fête nationale en Espagne. Cette date est aussi appelée «Jour de la race» dans de nombreux pays de la région.

Les indigènes colombiens touchés par les violences en lien avec le trafic de cocaïne

Dans le sud-ouest de la Colombie, les manifestants ont convergé vers Cali pour «dénoncer les massacres systématiques qui se produisent sur nos territoires sans que le gouvernement ne s'y intéresse», a déclaré Franky Reinosa, du Conseil régional indigène de l'Etat de Caldas (ouest). «Pour nous, ça a été le plus grand ethnocide dans l'histoire de nos territoires.»

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Les manifestants demandent également à être consultés sur les grands projets qui impactent leurs territoires, et la pleine mise en oeuvre du plan de paix historique de 2016 qui a mis fin à un demi-siècle de violences avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Le sud-ouest de la Colombie, qui borde l'Equateur et le Pacifique, compte une importante population indigène estimée à 4,4% des 50 millions d'habitants, et est l'une des régions les plus touchées par les violences en lien avec le trafic de cocaïne dans le pays, premier producteur mondial.

Au Chili, l'expropriation des terres au coeur du conflit

A Santiago, au Chili, des représentants des peuples indigènes chiliens, principalement des Mapuches, le plus grand groupe ethnique du pays, ont également manifesté. Des heurts ont éclaté avec la police et au moins 12 personnes ont été arrêtées.

«Le 12 octobre est une sombre date pour les peuples, pour les premières nations des Amériques, car elle marque le début du génocide, de l'exploitation, du pillage, de l'esclavage», a déclaré Jorge Huenchullan, porte-parole de la Communauté autonome Mapuche de Temucuicui, en Araucanie (sud).

La plupart des Mapuches du Chili vivent en Araucanie et entretiennent un conflit historique avec l'Etat chilien auquel elles réclament des terres qu'elles considèrent comme leur appartenant de droit ancestral. Les autorités en ont cédé plusieurs à des entreprises privées, principalement des sociétés d'exploitation forestière.

Outre les groupes indigènes, de violentes manifestations sociales secouent le Chili avant un référendum organisé le 25 octobre pour déterminer s'il faut changer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Une jupe traditionnelle andine sur la statue d'Isabelle la catholique en Bolivie

En Bolivie, dans la capitale La Paz, des militantes de défense des droits des femmes ont placé une jupe traditionnelle andine sur la statue d'Isabelle la catholique (1451-1504), reine de Castille et d'Aragon, qui avait financé les expéditions de Christophe Colomb.

Par cette action, qui visait également à dénoncer les violences faites aux femmes, les manifestantes entendaient dire «que la colonisation a été un génocide, que l'Amérique n'avait pas à être découverte, que l'Amérique avait déjà des sociétés formées», a déclaré à l'AFP Diana, une militante de 18 ans.

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Une autoroute rebaptisée au Venezuela

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a, de son côté, déclaré initier «un processus de décolonisation». Il a fait cette annonce lors de la célébration du 528e anniversaire de la «Résistance indigène». C'est ainsi que le mouvement chaviste, créé par le président Hugo Chavez (1999-2013), appelle le jour de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, le 12 octobre 1492.

«J'ai décidé (...) d'engager de manière progressive, graduelle, organisée et disciplinée un processus de décolonisation et de reconquête de tous les espaces publics portant le nom des colonisateurs, conquérants et génocidaires, et à partir d'aujourd'hui» l'autoroute Francisco Fajardo, un descendant d'Espagnols né au Venezuela et lié à la colonisation, s'appellera «Grand cacique Guaicaipuro», a annoncé Nicolas Maduro.

Cette autoroute de 28 kilomètres de long reliant l'est à l'ouest de la ville «portait le nom du colonisateur génocidaire Francisco Fajardo (...) c'est comme si dans un pays européen ils avaient nommé une autoroute (Adolf) Hitler», a ajouté Nicolas Maduro. Pendant plus de deux décennies au pouvoir, le chavisme a changé le nom de plusieurs sites vénézuéliens emblématiques.