Selon les premiers éléments communiqués par Germanwings, l’appareil a perdu de façon inexpliquée, très rapidement de l’altitude. «L’avion a atteint à 10h45 son altitude de croisière, à 12.000 mètres pour quitter cette hauteur à peine une minute plus tard, a expliqué Thomas Winkelmann, le porte-parole du Directoire de Germanwings. En huit minutes, l’avion a perdu 10.000 mètres, sans avoir demandé l’autorisation de changer d’altitude. Seule l’étude des boîtes noires nous permettra de savoir ce qui s’est passé à bord.» «Qu’aucune communication avec les tours de contrôle n’ait eu lieu à ce sujet est très, très surprenant, insiste l’expert aéronautique Josip Soldo. Perdre 4000 à 5000 pieds par minute n’est pas agréable pour les passagers. Pour autant, cette perte d’altitude ne permet pas non plus de parler de chute incontrôlée de l’avion…» «Ce qui est surprenant est que le cours de l’appareil n’ait pas été modifié pendant la chute de l’avion, ajoute l’expert Andreas Spaeth. Cela semble indiquer que jusqu’au bout, le pilote avait le contrôle sur son appareil…» Le pilote en tout cas avait une longue expérience. Il avait effectué 6.000 heures de vol sur des appareils d’Airbus, au cours de ses 10 ans de carrière chez Lufthansa et Germanwings, selon la compagnie. L’appareil avait subi pour sa part une révision en profondeur à l’été 2013, «conformément aux recommandations d’Airbus», et un contrôle de routine lundi.

Les circonstances du drame, inhabituelles, donnent lieu à de nombreuses spéculations. En décembre dernier, un appareil Germanwings du type A320 avait échappé de peu à la catastrophe lors de l’atterrissage à l’aéroport de Cologne-Bonn, à la suite d’émanations de vapeurs toxiques qui avaient obligé les pilotes – sur le point de perdre connaissance- à libérer les masques à oxygène. Un incident similaire s’était déjà produit en 2008 et en 2010 à bord d’Airbus de la compagnie. Plus grave encore, en décembre dernier, un appareil en provenance de Bilbao avait lui aussi échappé de peu à la catastrophe, piégé par son système informatique. L’A320 est équipé d’ordinateurs à même de juger si les décisions de pilotage de l’équipage sont justifiées ou non. «L’appareil n’a échappé au pire que parce que le pilote a finalement débranché l’ordinateur – devenu fou- qui l’empêchait de piloter», rappelle Andreas Spaeth.

Germanwings est l’une des plus anciennes compagnies à bas coût d’Europe. Créée en 2002, la filiale de Lufthansa a repris depuis fin 2013 la plupart des liaisons intra-européennes de la compagnie allemande. Son hub principal est situé à l’aéroport Cologne/Bonn. A côté de son hub principal situé à l’aéroport Cologne/Bonn, elle dispose également de bases aux aéroports de Stuttgart, Berlin-Schönefeld, Hanovre et Dortmund. Germanwings dessert plus de 110 destinations sur le continent européen, en République Dominicaine, en Thaïlande, dans les Emirats Arabes Unis ainsi qu’en Amérique centrale. La compagnie emploie 1355 personnes, dont 966 affectées au personnel navigant, et a transporté 7,52 millions de passagers sur plus de 90 destinations, en 2011.

Malgré ses prix bas, Germanwings n’est pas à proprement parler une compagnie low-cost. Elle propose en effet le même service qu’une compagnie classique en termes de bagages, possibilité de changer de vol en dernière minute, distribution de miles et de repas gratuits à bord. Les conditions de travail, différentes de celles de Lufthansa, ont conduit à plusieurs grèves du personnel au cours des dernières années.

La compagnie n’exploite que deux types d’avions: les Airbus A 319 et A320, une soixantaine d’avions au total. La plupart étaient au préalable exploités par la maison mère Lufthansa, ce qui expliquerait l’âge de l’appareil qui s’est écrasé ce matin, vieux de 24 ans. Ce moyen-courrier conçu et fabriqué par Airbus, immatriculé D-AIPX, était en activité depuis 1991 selon la fiche d’identité de l’appareil sur airfleets.fr. L’avion a été exploité par Lufthansa puis par Germanwings. A titre de comparaison, l’âge moyen de la flotte de Germanwings est de 12,9 ans et celui de Lufthansa de 12,2 ans selon Airfleets. L’âge de la flotte de la compagnie aérienne jugée la plus sûre au monde en 2015, l’Australienne Qantas, est de 8,9 ans. Mais l’âge d’un appareil reste indicatif, et son ancienneté ne veut pas dire qu’il est plus ou moins dangereux qu’un autre avion selon les experts. «L’âge d’un avion n’est pas forcément un facteur de risque, relativise l’expert Tim van Beveren. Toutes les pièces importantes d’un avion sont changées plusieurs fois au cours de sa «vie», et un avion volant sous le logo Lufthansa ne peut se permettre de ne pas être au top. L’âge de l’avion n’est à mon avis pas la cause de cette catastrophe.» 144 passagers et 6 membres d’équipage se trouvaient à bord de l’avion. Au moins 67 Allemands figuraient sur la liste des passagers, et 16 adolescents originaires de Rhénanie qui se trouvaient en voyage de classe. Deux bébés se trouvaient également à bord.

Jusqu’à aujourd’hui, Germanwings avait la réputation d’être très sérieuse et fiable. Le site Securovol classe par exemple la compagnie aérienne en catégorie B en termes de sécurité, ce qui signifie, selon son barème, «niveau correct» (le barème de Securvol va de la lettre A, qui veut dire «bon niveau», à la lettre E «Interdites en Europe ou à interdire»). Le site airlineratings lui attribue la note maximale (7/7) en matière de sécurité. En 2015, Germanwings était en lice dans la catégorie «meilleure compagnie low cost aux Air Transport News Awards», récompense décernée par le magazine spécialisé Air Transport News.