Les difficultés de la filière cacao en Côte d’Ivoire semblent répondre de façon symétrique à celles connues au Ghana dans les années 1970 et 1980, à en croire les travaux de François Ruf. Le chercheur du Cirad rappelle qu’en 1993, le planteur de cacao ghanéen ne touchait que 30% du prix à l’export des fèves. Aujourd’hui, il en reçoit plus de 60%, avec un prix d’achat, fixé par l’Etat, autour de 1 euro le kilo. Les réformes entreprises en vingt ans par le pays restent donc loin du principe de libéralisation.

À l’opposé, ces mêmes exigences de libéralisation auront forcé l’Etat ivoirien à abandonner sa prérogative de fixer les prix dans les années 1990. L’esprit de libéralisation, qui visait une augmentation des revenus des planteurs, est détourné par la politique. «En réalité, la différence entre ces deux politiques n’est pas leur degré de libéralisme, mais leur politique de taxation, en réduction rapide au Ghana, en hausse en Côte d’Ivoire», souligne le spécialiste du Cirad.

En 2004, en pleine guerre civile, le gouvernement Gbagbo augmente les taxes, laissant aux planteurs avec un pouvoir d’achat misérable: à peine 0,50 euro le kilo, moins de 30% du prix de vente à l’export. «S’ajoutant au vieillissement des cacaoyères dans un pays victime de la déforestation, à la grave dégradation des pistes et à l’émergence d’une hévéaculture alternative», ceci «achève de miner la confiance des planteurs», relate François Ruf.

Ironie de l’histoire, le choix de Houphouët Boigny, d’axer, après l’indépendance, le pays sur cette monoculture – et de favoriser pour cela l’immigration burkinabé en pays Baoulé – était «en partie motivé par sa rivalité avec Kwame Nkrumah». Ce dernier dirigeait alors un Ghana dominant le cacao mondial.