La composition de la commission d’enquête fâche Israël

Proche-Orient Le professeur William Schabas désigné par l’ONU pour enquêter sur les crimes de guerre à Gaza

L’entourage du premier ministre Benyamin Netanyahou et la plupart des médias israéliens se déchaînent au lendemain de la nomination du professeur canadien de droit international William Schabas à la tête de la commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme et crimes de guerre durant l’opération «Bordure protectrice».

Contenu «connu d’avance»

Pourtant, le 23 juillet dernier, au plus chaud de la guerre entre Israël et le Hamas, la décision de déclencher une enquête internationale prise à Genève par le Conseil des droits de l’homme était passée relativement inaperçue. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. La réaction israélienne est d’autant plus virulente que le professeur canadien n’a jamais caché son opinion négative à l’égard de la politique de l’Etat hébreu. Dans le passé, il a notamment déclaré qu’il «verrait bien Netanyahou sur le banc des prévenus de la Cour pénale internationale». En d’autres occasions, il s’en est également pris à Shimon Peres, alors président de l’Etat hébreu, avant d’accorder son soutien au Centre pour les droits de l’homme et la diversité culturelle lorsque celui-ci organisait une conférence en Iran pour dénoncer «la politique israélienne d’apartheid». «Avec des gens pareils, il est inutile de se fatiguer à répondre aux questions et à argumenter. Nous aurons toujours tort. Le contenu du rapport Schabas est connu d’avance», estime le quotidien pro-gouvernemental Israël Hayom.

En principe, William Schabas aurait dû être assisté par le juriste sénégalais Doudou Diène et par l’avocate d’origine libanaise Amal Alamuddin, une professionnelle du droit international devenue célèbre en se fiançant avec l’acteur George Clooney. Mais si le premier assistant a accepté la nomination, l’avocate a préféré se retirer en raison des remous provoqués par la création de la commission. Le nom de son ou de sa remplaçant(e) n’est pas encore connu.

Quoi qu’il en soit, la «commission Schabas» succède à une structure semblable créée en 2009 dans la foulée de l’opération «Plomb durci» et présidée par l’ex-magistrat sud-africain Richard Gold­stone. Le 15 septembre 2009, celle-ci avait rendu un rapport de 800 pages fort accablant pour Israël. Mais dix-neuf mois plus tard, le magistrat avait profité d’une interview accordée au New York Times pour revenir sur une partie de ses conclusions.

A la création de la «commission Goldstone», le premier ministre Ehoud Olmert et sa ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, avaient interdit à tout agent de la fonction publique israélienne de collaborer à l’enquête. Le magistrat et ses assistants n’avaient d’ailleurs pas pu se rendre dans l’Etat hébreu, alors qu’ils l’avaient demandé. Qu’en sera-t-il cette fois? Officiellement, Benyamin Netanyahou n’a pas encore pris sa décision. Quant au chef de la diplomatie, Avigdor Lieberman, il s’oppose à toute collaboration avec cette «commission de soutien au terrorisme».

Dans une déclaration publiée mardi, William Schabas a estimé que son rapport ne serait sans doute pas publié avant mars 2015. Il a affirmé qu’il «n’est pas anti-israélien» et qu’il «y va de l’intérêt de l’Etat hébreu de donner sa version des faits car s’il refuse, nous en serons réduits à travailler avec des présomptions et ce serait dommage».

A Ramallah, l’Autorité palestinienne a en tout cas applaudi le déclenchement de l’enquête internationale. Quant aux organisations palestiniennes de Gaza, elles se sont abstenues de tout commentaire.