Le célèbre artiste et dissident chinois Ai Weiwei a indiqué, dans un texte publié par le site artnet, avoir vu le compte en banque de sa fondation fermé au printemps 2021 par Credit Suisse. La banque aurait invoqué le passé «criminel» d'Ai Weiwei en Chine. L'artiste est installé en Europe depuis 2015.

Credit Suisse lui aurait laissé jusqu'à septembre pour récupérer les fonds, justifiant la clôture du compte par une «nouvelle politique consistant à clôturer tous les comptes liés aux personnes ayant des antécédents judiciaires».

L'artiste de 64 ans s'est dit «surpris» par cette décision, ajoutant qu'un «minimum de recherche aurait pu leur montrer que je n'ai jamais été formellement accusé, et encore moins condamné d'un crime». Il estime que les autorités chinoises en le détenant sans raison on «sali» son nom, appliquant leurs «techniques habituelles de persécution des opposants politiques». 

Une question de «réputation» pour la banque

Contacté par les journaux du groupe Tamedia, Credit Suisse se refuse à tout commentaire sur ses «relations potentielles ou existantes». Dans son texte, Ai Weiwei fait le lien entre la fermeture de son compte et la volonté d'expansion en Chine affichée par la grande banque helvétique, qui a annoncé vouloir y «tripler son nombre d'employés en cinq ans».

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«Une banque est libre de prendre une telle décision; ce dont il est question ici c’est avant tout d’un risque de réputation… dans ses rapports avec la Chine», réagit dans 24 Heures et la Tribune de Genève l'avocat Carlo Lombardini, spécialiste du droit bancaire. Un autre expert cité, préférant rester anonyme, relève qu'il est normalement d'usage de ne pas révéler au client les raisons de la fermeture de son compte, et juge peu crédible que Credit Suisse ait pris cette décision en raisons de pression de Pékin: «Les banques pratiquent l’autocensure bien avant.»