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A gauche, le patriarche Cyrille de Moscou. A droite, le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier.
© KERIM OKTEN

Religion

Concile panorthodoxe: la fronde des Eglises slaves

Un sommet historique des Eglises autocéphales orthodoxes doit se tenir en Crète du 16 au 27 juin sous l’autorité du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier. Une tutelle difficile à digérer pour Moscou

Préparé depuis plus d’un siècle, cela devait être un «grand et saint» événement. Mais depuis que plusieurs Eglises autocéphales ont menacé de boycotter le concile panorthodoxe, convoqué du 16 au 27 juin sur l’île grecque de Crète, cette réunion historique des tenants du christianisme oriental se trouve fortement compromise.

Depuis plusieurs mois déjà l’organisation de cet événement était très critiquée en coulisses par certains métropolites conservateurs qui jugeaient que le concile prenait une tournure «trop œcuménique». Mais, dans un communiqué publié le 1er juin, le Saint-Synode bulgare – l’institution collégiale au sommet de l’Eglise du pays – est allé beaucoup plus loin en appelant à un report pur et simple du concile. Dans le cas contraire, le patriarcat bulgare a annoncé son «refus catégorique» d’y participer.

Comment expliquer ce revirement de dernier minute? Le texte souligne, entre autres sujets de discorde, le mécontentement des prélats bulgares sur un «ordre du jour imposé» et une organisation «remettant en cause l’égalité des Eglises autocéphales».

Cette rebuffade plutôt audacieuse, voire risquée, a beaucoup surpris les experts. Mais alors que les spéculations allaient bon train, les médias de Sofia ont révélé le 2 juin l’existence d’une lettre confidentielle de Cyrille de Moscou dans laquelle le patriarche russe listait des remontrances très similaires à celles formulées par les Bulgares. Adressée au patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, ainsi qu’aux représentants des 14 Eglises autocéphales conviés en Crète, cette missive sonne comme un ultimatum.

Cyrille y soulève également le problème du placement des représentants des Eglises autocéphales dans la salle. Ces derniers, à l’exception de Bartholomée Ier qui préside les débats, doivent se faire face assis en deux rangées parallèles, selon le plan des organisateurs. Impensable pour le Russe qui insiste que tous, y compris le patriarche de Constantinople, puissent être assis à une «même table en demi-cercle», un dispositif reflétant selon lui mieux l’unité et surtout l’égalité des membres du concile. «Toute autre proposition ne sera pas acceptée par notre Eglise et constituera un obstacle infranchissable à notre participation aux débats», écrit-il.

«Ce n’est pas la première fois que l’Eglise russe utilise sa petite sœur bulgare comme un proxy, voire un poisson pilote, pour faire avancer ses pions», analyse Tony Nikolov, rédacteur en chef de la revue Christianisme et culture de Sofia. Comme d’autres, il se demande si ce revirement représente une tentative de torpiller le concile ou une tentative de faire «monter les enchères» à quelques jours de son ouverture. «Il n’y a absolument aucun sens à demander des changements dans un ordre du jour âprement négocié depuis près de cinquante ans, poursuit-il. En revanche, il y a clairement une volonté des Russes à renverser les tables, au propre comme au figuré, dans le seul but de contester l’autorité de Bartholomée sur ce concile. Et, à terme, de prendre la tête de l’orthodoxie à l’échelle mondiale.»

Effectivement, depuis l’annonce du boycott bulgare le patriarcat de Moscou a demandé à Bartholomée Ier d’organiser une réunion d’urgence avant le concile afin d’en «examiner la faisabilité» à la lumière des derniers événements. Le Saint-Synode russe a rappelé ses propres réserves, mais aussi celles des Géorgiens et de la petite Eglise d’Antioche en Syrie. Le patriarcat de Constantinople y a répondu assez sèchement lundi, en invitant tous les participants à se «montrer à la hauteur des circonstances» et à participer, aux dates prévues, aux travaux du «saint et grand» concile.

Mais aura-t-il même lieu? «Comme dans leur diplomatie, les Russes peuvent désormais se permettre le luxe d’apparaître comme médiateurs d’un conflit qu’ils ont eux-mêmes créé», analyse Tony Nikolov. Car dans ce bras de fer millénaire entre Moscou et l’ancienne Constantinople pour contrôler les âmes des quelque 300 millions d’orthodoxes, les dissensions théologiques épousent souvent la courbe des ambitions géopolitiques des protagonistes.

Basé à Istanbul, mais considéré comme proche des Grecs, Bartholomée Ier bénéficie toujours du statut de «premier parmi ses égaux», selon la loi canonique du monde orthodoxe, un titre qui irrite fortement les Russes – surtout depuis qu’une branche de l’Eglise orthodoxe ukrainienne a demandé à se placer sous son autorité. Pour mieux contester ce «leadership byzantin», le patriarcat de Moscou, fort du plus grand nombre de croyants, joue habilement de ses alliances ex-soviétiques.

A la différence de ses homologues, Cyrille bénéficie aussi de moyens financiers conséquents, généreusement fournis par le Kremlin qui voit dans son Eglise un vecteur supplémentaire pour peser sur les affaires du monde. Le dernier rêve du président Vladimir Poutine dans ce domaine est une vieille ambition russe et, même, soviétique: la création d’un Vatican orthodoxe sous la férule de Moscou situé, par exemple, sur le mont Athos, en Grève, où le chef du Kremlin vient d’effectuer une visite en grande pompe.

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