Les autorités de Hongkong, par la voix de leur secrétaire à la Justice, Elsie Leung Oi-sie, ont nié vendredi toute implication politique dans la condamnation, jeudi, de seize adeptes de la secte Falungong, dont quatre Suisses. A la manière du pouvoir chinois, l'ex-colonie britannique se retranche derrière une décision de justice qui n'aurait rien à voir avec la nature du mouvement.

Le 14 mars dernier, les seize adeptes avaient manifesté pacifiquement devant la représentation de Pékin à Hongkong contre la violente répression dont est victime leur mouvement en Chine. Une banderole accusait le président Jiang Zemin d'être un assassin. Après quatre heures de sit-in en position du lotus, les trouble-fêtes avaient été embarqués sans ménagement par la police. Reconnus coupables de troubles à l'ordre public après un procès qui a duré deux mois, les adeptes de Li Hongzhi (le gourou réfugié aux Etats-Unis) devront payer une amende de quelques centaines de francs par personne. Ils risquaient la prison.

Dénonçant un procès politique, le porte-parole de la secte à Hongkong a déjà annoncé qu'il ferait appel. De leur côté, les organisations de défense des Droits de l'homme s'inquiètent de l'interprétation de la loi hongkongaise et de ses conséquences sur le droit de manifester. La notion d'obstruction à la voie publique pourrait être utilisée contre les activistes démocratiques à l'avenir. De son côté, le quotidien chinois de langue anglaise China Daily a salué vendredi dans un éditorial cette décision qui sonne comme un avertissement contre les «saboteurs» de la loi à Hongkong.

Il ne fait aucun doute que Pékin a pesé de tout son poids pour infléchir la décision du tribunal. Depuis deux ans, la Chine tente d'étendre l'interdiction qui frappe le Falungong sur le continent à la zone administrative de Hongkong, bien qu'elle affirme respecter le principe «un pays, deux systèmes» depuis la rétrocession de 1997. Le pouvoir chinois est particulièrement irrité face à un mouvement désormais clandestin qui ne cesse pourtant de se manifester par des coups spectaculaires.

Après les bravades d'adeptes sur la place Tiananmen, au centre de Pékin, qui se sont soldées par des milliers d'arrestations, le mouvement a révisé sa stratégie (plusieurs centaines de prisonniers seraient morts des suites de mauvais traitements, selon des organisations de défense des Droits de l'homme). Depuis le début de l'année, il a piraté les programmes d'une demi-douzaine de télévisions câblées, essentiellement dans le nord-est du pays. Fin juin, le Falungong est même parvenu à diffuser sa propagande sur les chaînes nationales à plusieurs reprises, via un satellite d'Etat. Les autorités ont contre-attaqué par une nouvelle campagne de presse contre le «culte malfaisant» et en durcissant le contrôle des accès aux chaînes télévisées.

Traqués par le pouvoir, les adeptes du Falungong agissent désormais comme une guérilla high-tech utilisant les armes à disposition: envois massifs de courriers électroniques, création de sites Internet dont l'adresse est sans cesse renouvelée pour échapper à la censure, distribution anonyme de tracts. Plus récemment, les Pékinois ont été surpris de recevoir des coups de téléphone du Falungong avec un message préenregistré. Trois ans après son interdiction, le mouvement demeure le principal défi au pouvoir absolu du régime communiste.