Cellules «crasseuses» et surpeuplées, manque de nourriture et d’eau potable, violences policières: l’organe anti-torture du Conseil de l’Europe a dénoncé mardi les conditions d’accueil «inacceptables» de milliers de migrants placés dans des centres en Grèce.

«Maintenir des gens dans de telles conditions peut être considéré comme un traitement inhumain et dégradant, et qui, en outre, présente un risque pour la santé publique», affirment les experts de l’organisation paneuropéenne, dans un rapport établi à la suite de deux visites sur place, en avril et juillet 2016.

Les délégués du comité anti-torture (CPT), l’organe spécialisé du Conseil de l’Europe, se sont rendus dans une vingtaine de camps, bureaux de police ou postes-frontières, où des migrants étaient retenus pendant des semaines, voire des mois. Ils ont également visité des hotspots, camps destinés à enregistrer les nouveaux arrivants, sur des îles de la mer Egée.

Des couvertures «infestées de puces»

En théorie, les migrants arrivant par bateau depuis la Turquie devaient rester seulement quelques jours dans ces centres. Mais, selon les experts qui dénoncent des conditions inhumaines, ils y restent en réalité des semaines, voire des mois.

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Avec environ 3000 migrants pour 1500 places – en juillet 2016 –, le hotspot de Moria, sur l’île de Lesbos, est terriblement surpeuplé, ont constaté les inspecteurs européens. Dans un container de 46 m², ils ont ainsi dénombré 43 personnes, dont des familles avec de jeunes enfants et des personnes âgées. Dans une tente prévue pour deux, ils ont compté jusqu’à sept détenus. Une telle promiscuité entraîne des tensions et des violences entre migrants, poursuit le rapport.

Au camp de migrants de Thessalonique, la délégation (qui comprenait un médecin) s’est indignée de ce que les couvertures étaient «infestées de puces», les sanitaires «délabrés et insalubres» et que nombre de détenus avaient contracté des maladies de peau, comme la gale. Des suspicions de cas de tuberculose ont également été rapportées.

Au poste de police de Drapetsona, au Pirée, les migrants sont maintenus dans des conditions «sordides», dans des cellules assimilables à des «cachots», affirment encore les auteurs du rapport.

Des améliorations constatées entre les deux visites

Le CPT s’alarme en outre de la situation des mineurs non accompagnés: sur 3000 migrants de moins de 18 ans enregistrés en Grèce en juillet 2016, seuls 500 bénéficiaient d’infrastructures dédiées. Les autres étaient incarcérés avec des adultes. Placer ainsi en détention, «pendant des semaines ou des mois», des adolescents «dont beaucoup ont vécu un voyage et des expériences traumatiques, est difficile à comprendre», selon les experts européens.

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La délégation a également recueilli des témoignages selon lesquels des policiers auraient frappé des migrants à coups de pied ou de poing, ou qu’ils les auraient menottés à une grille pendant toute une nuit, pour les punir d’avoir réclamé de l’eau, une couverture ou un matelas.

La seconde visite, en juillet 2016, a permis au CPT de constater des améliorations, dont un régime de semi-liberté pour les résidents, sans que les conditions de vie puissent être qualifiées d’adéquates. Les experts européens reconnaissent les difficultés exceptionnelles auxquelles était confrontée la Grèce, qui a vu arriver sur son sol 850 000 migrants pour la seule année 2015.

Selon un expert du CPT contacté par l’AFP, les difficultés pointées par l’organisation paneuropéenne ne résultent pas forcément d’un manque de moyens financiers – car la Grèce bénéficie de fonds européens afin d’accueillir les migrants – mais plutôt d’un manque d’organisation et de coordination entre les différents services concernés par la prise en charge des réfugiés.