David Cameron continue son grand numéro d’équilibriste entre ses partenaires européens et les eurosceptiques britanniques. Mardi matin, dans un long discours à Londres, le Premier ministre britannique a fait monter d’un cran supplémentaire la pression en vue du référendum sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. «C’est sans doute la plus importante décision que les Britanniques vont devoir prendre dans les urnes de leur vie.»

L’objectif affiché de son discours était de dévoiler ses revendications. Avant d’organiser le référendum, David Cameron entend obtenir des concessions de l’UE, pour l’aider à remporter le vote. «Les renégociations entrent maintenant dans leur phase formelle», affirme le leader britannique.

Toute la difficulté pour David Cameron est de contenter les différentes parties en présence. Aux Britanniques, il annonce: «ces revendications sont substantielles». Aux Européens, il précise qu’elles sont «raisonnables». Son espoir est que ces derniers soient prêts à faire un effort, et que ses électeurs acceptent dans le même temps qu’il ne pouvait guère en demander plus.

Quatre demandes

Ce travail de funambule le force à conserver le flou. Ceux qui attendaient des demandes très précises de David Cameron en sont pour leurs frais. Le leader britannique s’en tient à ses quatre grands «paquets» qu’il avait déjà dévoilés. Le premier consiste à obtenir une garantie que les pays qui ne sont pas dans la zone euro soient protégés des décisions prises au sein de la monnaie unique. C’est une façon de protéger la City de régulations financières intempestives.

Le second concerne la souveraineté: le Royaume-Uni veut être exclu de «l’Union sans cesse plus étroite», une petite phrase présente dans le traité fondateur de Rome en 1957. Londres veut renforcer le pouvoir des parlements nationaux pour potentiellement bloquer les décisions prises à Bruxelles.

Le troisième paquet vise l’amélioration de la compétitivité de l’UE: allégement des régulations, signature de traités de libre-échange, développement du marché unique dans le secteur du numérique…

Si nous ne trouvons pas d’accord, et que le Royaume-Uni n’est pas écouté – ce qui n’arrivera pas, j’en suis sûr – alors nous allons devoir nous demander si l’Union européenne est bien faite pour nous.

Le dernier, de loin le plus difficile, concerne l’immigration. À défaut de demander des quotas pour ralentir l’afflux d’immigrés européens, David Cameron souhaite bloquer leur accès aux allocations sociales pendant leurs quatre premières années dans le pays.

«Je n’exclus rien»

À partir de cette base de négociation, sommairement détaillée dans une lettre envoyée à Donald Tusk, le président du conseil européen, le jeu de poker menteur démarre. Aux Européens, le leader britannique a envoyé un message ferme, faisant planer la possibilité de faire campagne pour sortir de l’UE s’il n’obtient pas satisfaction. «Si nous ne trouvons pas d’accord, et que le Royaume-Uni n’est pas écouté – ce qui n’arrivera pas, j’en suis sûr – alors nous allons devoir nous demander si l’Union européenne est bien faite pour nous. Comme je l’ai déjà dit: je n’exclus rien.»

Il rappelle que les Vingts-Huit auraient beaucoup à perdre si le Royaume-Uni claquait la porte. «La Grande-Bretagne est la deuxième économie de l’UE. Nous sommes le deuxième contributeur du budget de l’UE. Avec la France, nous sommes la principale force militaire. Nous bénéficions d’être dans l’Union, mais nous lui apportons également beaucoup.»

Pourtant, au-delà de ce passage sans concession, le discours de David Cameron a continué à chanter les louanges de la construction européenne. Aux eurosceptiques britanniques, il rappelle les avantages économiques de faire partie de l’UE et du marché unique. Le Royaume-Uni réalise 45% de ses exportations au sein du bloc européen. Le premier ministre britannique a aussi sorti un nouvel argument: la sécurité nationale, estimant que l’UE est un instrument qui permet «d’amplifier» le pouvoir et l’influence de son pays.

«Un double langage»

Face au jeu d’acrobate, les eurosceptiques britanniques avaient beau jeu de dénoncer un double langage. «Le Premier ministre a passé 44 minutes à faire l’éloge de l’Europe, pour la sécurité et l’économie, et à la fin, il a envoyé un léger avertissement, accuse Nigel Farage, le leader du UKIP, le parti antieuropéen. Il ne demande rien de substantiel.»

David Cameron se lance maintenant dans cinq semaines de préparatifs en vue du sommet européen du 17 et 18 décembre, pendant lequel il espère faire de larges progrès. Si c’est le cas, le référendum pourrait avoir lieu dès juin 2016. Sinon, la date butoir est fin 2017.