Les néo-conservateurs ont pris une claque. George Bush a donné vendredi son aval au choix de Condoleezza Rice pour la seconder au Département d'Etat: Robert Zoellick, longtemps compère de Pascal Lamy dans les plus ardues négociations commerciales internationales. Les autres choix annoncés de la nouvelle ministre sont de la même eau: des hommes qu'elle connaît bien, réalistes, ouverts au monde. Le numéro trois de Foggy Bottom sera Robert Burns, ambassadeur à l'OTAN, qui fut le porte-parole de la démocrate Madeleine Albright. Philippe Zelikow devrait aussi rejoindre Mme Rice: ils ont écrit ensemble un ouvrage sur l'Allemagne et l'Europe, et Zelilow est l'auteur principal du rapport de la Commission du 11 septembre. Le nom d'Eric Edelman, ambassadeur en Turquie, est aussi avancé. Cet ensemble contient beaucoup de relations avec l'Europe. Robert Zoellick lui-même, avant de négocier des traités commerciaux, a travaillé à la réunification allemande.

Les choix de Condoleezza Rice sont d'autant plus intéressants qu'ils poussent hors du Département – et peut-être hors de l'administration – John Bolton, que les néo-conservateurs préféraient manifestement à Zoellick. Bolton est actuellement sous-secrétaire d'Etat au contrôle des armements et à la sécurité internationale; il était le surveillant du clan le plus dur dans les bureaux de Colin Powell. Chargé de la non-prolifération, il fut naturellement un partisan enthousiaste de la guerre contre l'Irak, mais aussi d'une attitude offensive et impitoyable à l'égard de la Corée du Nord et de l'Iran. Il y a deux ans, Bolton avait publiquement accusé Cuba, qui cherche à développer une industrie de pointe dans les biotechnologies, de dissimuler en fait des recherches militaires. Le Département d'Etat a dû ensuite retirer ces accusations.

La conception qu'a John Bolton du contrôle des armements ne l'a pas amené à négocier des accords internationaux, mais à les défaire. Dans l'opposition totale de l'administration Bush à la Cour pénale internationale, il fut chargé du travail de démolition, négociant avec des dizaines de pays des accords bilatéraux visant à soustraire tout citoyen américain aux poursuites du nouveau tribunal.

L'homme qui devrait remplacer John Bolton, Robert Joseph, occupait la même fonction au Conseil national de sécurité, sous la direction de Condoleezza Rice. C'est lui qui avait conduit, avec la CIA, les négociations secrètes qui ont amené le président libyen Mouammar Kadhafi à renoncer à ses programmes d'armements non conventionnels. Le contraire de la méthode Bolton.

La composition de cette équipe pragmatique pour le Département d'Etat devrait rendre plus aisée la confirmation de Mme Rice devant le Sénat, dès le 18 janvier. Les démocrates ne feront pas trop d'histoires. Les Européens devraient être aussi un peu rassurés par l'orientation que semble indiquer la nouvelle secrétaire d'Etat. En se souvenant quand même que les Etats-Unis agissent en fonction de leurs propres intérêts, et en choisissant leurs moyens. Comme tous les autres pays. Mais l'Amérique est un très gros morceau.

Et toutes les décisions de Washington ne vont pas dans le même sens. George Bush a demandé aux membres de son conseil pour le renseignement étranger de donner leur démission. Sans doute pour se débarrasser de Brent Scowcroft, le président de cet organe consultatif. Scowcroft, qui fut le Condoleezza Rice de Bush Senior, s'est opposé dès le début à la guerre d'Irak. Il vient de dire que les élections du 30 janvier ne feront rien pour stabiliser le pays, et augmenteront plutôt les risques de guerre civile.