L’objectif n’est pas d’encadrer le nouveau pouvoir de Kaboul, ni d’inciter les talibans à inclure des éléments d’opposition dans leur gouvernement en place depuis le retrait américain. La conférence ministérielle hybride sur l’Afghanistan qui se tient ce lundi après-midi au Palais des Nations à Genève a un but prioritaire: venir en aide aux Afghans.

3,5 millions de déplacés

La situation dans le pays est alarmante: 18 millions d’Afghans, soit un peu moins de la moitié de la population, étaient tributaires d’une aide essentielle avant le départ des troupes américaines et occidentales. Depuis janvier 2021, plus d’un demi-million d’Afghans ont été déplacés. Le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés Filippo Grandi est actuellement sur place. Il évalue à 3,5 millions le nombre total de personnes déplacées. Un Afghan sur trois se trouve en situation d’insécurité alimentaire. Pour ne rien arranger, le pays traverse une grave sécheresse et le Covid-19 sévit toujours. Il y a manifestement urgence d’agir avant l’arrivée de l’hiver.

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Le constat est d’autant plus inquiétant que la situation sécuritaire est délétère. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme le soulignait vendredi dernier: «Au cours des quatre dernières semaines, des manifestants pacifiques dans plusieurs provinces d’Afghanistan ont subi des violences croissantes de la part des talibans par des tirs à balles réelles, des bâtons et fouets. Le 8 septembre, les talibans ont édicté une directive interdisant les assemblées non autorisées. Jeudi dernier, ils ont sommé les sociétés de télécommunications de déconnecter l’internet pour les téléphones portables dans certains quartiers de Kaboul.»

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Risque de corruption

La tâche de la Conférence de Genève sera compliquée. Pour répondre aux besoins humanitaires criants de l’Afghanistan, il faudrait lever énormément de fonds. Or les Etats membres de l’ONU hésitent pour deux raisons: ils ne savent pas comment les talibans vont réellement exercer le pouvoir et ils souhaitent éviter ce qui fut l’une des erreurs commises au cours des vingt dernières années. Les Occidentaux ont vite financé les seigneurs de guerre, puis les ont soutenus pour qu’ils exercent des fonctions politiques. Les milliards déversés en Afghanistan ont alimenté fortement la corruption. Le rapport Sigar établi par l’inspecteur général américain qui fut nommé à cette fonction par le Congrès était catégorique: les fonds ont été trop vite dépensés, ont fait exploser la corruption et n’ont pas contribué à un nation-building solide.

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Pour les Afghans, les attentes par rapport à la Conférence de Genève n’en demeurent pas moins considérables. En 2018, une conférence similaire avait été tenue à Genève en présence du président afghan Ashraf Ghani et du chef du gouvernement Abdullah Abdullah. Mais l'appel d'urgence d'aujourd'hui n'est pas simplement un bis repetita. Sans l'appui musclé de la communauté internationale, l'Afghanistan pourrait littéralement s'effondrer.