L'affaire a mobilisé la «communauté internationale» pendant près de deux ans. Elle s'est réglée jeudi à Genève en l'espace d'une demi-heure. La conférence devait se pencher sur la politique de colonisation israélienne afin que soit appliquée la quatrième Convention de Genève dans les territoires palestiniens occupés. Or dans la déclaration finale, qui clôt la conférence en la renvoyant sine die, c'est un vrai tour de force qu'a accompli cette même «communauté internationale»: non seulement l'Etat d'Israël n'est pas accusé, mais il n'est pas même nommé. La déclaration aussi courte que vague faite par les 103 Etats participants se borne à «réaffirmer la nécessité de respecter» la quatrième Convention sur les territoires palestiniens.

En février, ce sont pourtant 115 Etats qui, s'opposant à Israël et aux Etats-Unis, exigeaient dans une belle unanimité la tenue de cette conférence. Entre-temps, certes, le travailliste Barak a remplacé en Israël le faucon Netanyahou. A la crainte des Etats de voir le conflit israélo-palestinien continuer d'agoniser, en a succédé une nouvelle: celle d'entraver encore le chemin de la paix avec une Conférence internationale dont le principe risquerait de froisser les Israéliens.

Mais est-ce vraiment l'explication? «Les Etats sont comme les hommes, commente un observateur privilégié: ils se montrent toujours plus combatifs lorsqu'ils sont nombreux que lorsqu'ils se retrouvent seuls.» Depuis plusieurs mois, Washington et Tel-Aviv ont exercé de fortes pressions sur certains Etats pour que le processus ne débouche sur aucune condamnation. Hier, alors que l'issue de la Conférence semblait pouvoir les réjouir, les Israéliens ont démontré à nouveau avec quelle virulence ils s'opposaient à tout l'exercice. Pour le «numéro trois» de la diplomatie israélienne, Yitzhak Lior, venu à Genève pour l'occasion, il s'agit là d'un «précédent dangereux» de politisation du droit humanitaire qui arrive «au pire moment». Les Palestiniens en ont bien sûr pris pour leur grade, eux qui ont espéré résoudre la question dans le cadre de l'ONU et non par un face-à-face, «seul capable d'amener la paix dans la région», selon Yitzhak Lior.

Les flèches les plus ravageuses restaient pourtant à décocher. Elles l'ont été contre la Suisse qui, en tant qu'Etat dépositaire des Conventions de Genève, a été invitée par l'Assemblée générale de l'ONU «à prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de la tenue de cette conférence». Visiblement embarrassée par ce rôle qu'elle refuse d'assimiler à celui «d'organisateur», la Suisse a joué serré dans cette partie qui, de fait, l'a placée au cœur des finesses diplomatiques d'une ONU dont elle n'est pas membre mais qu'elle aspire à rejoindre.

C'est donc avec un mélange d'appréhension et de bonnes dispositions, mais aussi en émettant au préalable une série de réserves, qu'elle a au surplus accepté hier matin de prendre la présidence de cette conférence, dont le but ultime n'était plus au demeurant que de s'achever le plus rapidement possible.

«Nous sommes très déçus par la Suisse qui a risqué sa crédibilité et sa respectabilité» dans cette affaire, a pourtant lancé Yitzhak Lior en guise de formule de conciliation. «La Suisse aurait dû résister à tout prix à la présidence d'une conférence qui jette l'anathème sur le processus de paix», renchérissait l'ambassadeur d'Israël à Berne, Yitzhak Mayer.

«Je comprends la réaction israélienne mais pas la critique formulée à l'égard de la Suisse», rétorque de son côté Walter Gyger, ambassadeur de Suisse auprès de l'ONU et, à ce titre, président de la conférence éclair. Pour lui, le risque de «politisation» du droit humanitaire a été écarté grâce à la formule de compromis qui s'est dégagée. Aux Israéliens, l'ambassadeur oppose un précepte: «En aucun cas, le respect du droit ne peut être un obstacle à la paix.» Mais il en dégage aussi une crainte: que la Suisse puisse «être piégée dans un automatisme». En clair: qu'elle ne puisse plus s'opposer à renouveler semblable exercice à l'avenir, même dans des situations très différentes.

S'il existe pourtant des déçus de ces raffinements diplomatiques, ce sont les organisations de défense des droits de l'homme. Amnesty International se disait hier «indignée» par la décision des Etats de se «délier de leurs responsabilités» en refusant d'assurer la protection de la population dans les territoires occupés. Quant au CICR, qui a regardé de loin la conférence, il laisse les Etats se dépatouiller dans leurs calculs politiques et s'en tient aux principes: le respect du droit humanitaire en toute occasion et dans tous les contextes.