La conférence de Lima sur le climat se solde par un accord a minima

Réchauffement Un compromis a été trouvé

Il laisse espérer l’adoption d’un accord universel à Paris fin 2015

Les négociateurs du climat avaient le choix entre la sécurité d’une route balisée et les risques d’un chemin cabossé. C’est la deuxième voie qu’ils ont choisi d’emprunter pour préparer la conférence de Paris, en décembre 2015, où il est prévu de signer le premier accord mondial engageant pays industrialisés et pays en développement dans une action commune contre le réchauffement climatique.

Le compromis auquel sont parvenus les 195 Etats membres de la Convention des Nations unies sur le changement climatique, dimanche à Lima, après deux semaines de tractations et près de 36 heures de prolongation, n’est pas celui auquel on pouvait s’attendre après l’élan suscité par le sommet des chefs d’Etat organisé par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à New York en septembre, et l’accord bilatéral entre les Etats-Unis et la Chine quelques semaines plus tard.

«Les gouvernements à Lima ont fait le strict minimum pour garder le processus de négociations multilatéral en vie, mais ils n’ont pas fait assez pour convaincre que le monde est prêt à adopter un accord sur le climat ambitieux et équitable l’an prochain à Paris», a déploré Mary Robinson, envoyée spéciale des Nations unies pour le climat. L’objectif de l’accord, en discussion depuis 2011, est de limiter la hausse des températures à 2 degrés d’ici à la fin du siècle, seuil jugé dangereux par les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC).

Hier, la France, qui endossera la présidence des négociations à partir de janvier, a fait bonne figure. Mais la faiblesse des textes adoptés à Lima complique sa tâche, et démontre que derrière les effets d’estrade, la confiance, au fond, n’est toujours pas là.

Un compromis a donc été finalement trouvé. Pour cela, les Etats-Unis ont dû admettre que l’adaptation au changement climatique ne pouvait être traitée comme une question de second ordre. Les pays moins avancés ou les petites îles dont les émissions de gaz à effet de serre sont négligeables ont mis en avant le coût que représente déjà pour eux la nécessité de faire face aux impacts du réchauffement. Au détriment des investissements dans leur développement et la lutte contre la pauvreté. Dans cette bataille, la Chine, comme les autres pays émergents, a fait front uni avec les autres pays en développement. L’alliance avec les Etats-Unis a trouvé ses limites dans l’arène des négociations climatiques, où Pékin conserve comme priorité d’afficher sa solidarité avec les plus vulnérables.

L’enjeu s’est cristallisé sur la définition des contributions nationales que devront remettre les Etats d’ici au mois de mars, «pour ceux qui le peuvent». Entièrement tournée vers les efforts de réduction des émissions de CO2, leur définition a dû être rééquilibrée pour donner satisfaction aux pays du Sud. Le principe d’«une responsabilité commune, mais différenciée», gage d’un traitement distinct pour les pays en développement, a été réaffirmé.

Une «synthèse» de ces efforts d’atténuation aura lieu en novembre, soit très tard et sans qu’un mécanisme d’évaluation ait pu être adopté. La Chine s’y est durement opposée. Autant dire que la «corde de rappel» sur laquelle certains comptaient pour demander aux pays de faire davantage se dérobe. Le texte stipule cependant que les propositions mises sur la table représentent «un progrès supplémentaire» par rapport aux politiques déjà engagées.

Si la capitalisation du Fonds vert pour le climat, à hauteur de 10,2 milliards de dollars, reste la bonne nouvelle de ces deux dernières semaines, elle ne masque pas le fait qu’aucune réponse n’a été donnée sur la façon de parvenir à rassembler les 100 milliards de dollars d’aide annuelle annoncée lors de la conférence de Copenhague en 2009. Cinq ans après, cette promesse non tenue continue d’alimenter la défiance des pays en développement.

De même, la question des efforts supplémentaires de réduction d’émissions d’ici à 2020, c’est-à-dire avant que n’entre en vigueur le futur accord, ne trouve aucune réponse concrète.

L’enjeu s’est cristallisé sur la définition des contributions nationales